Linguizzetta: Maria de Bravone

Les ruines de Santa Maria de Bravone sont intéressantes bien que difficilement lisibles. Le baptistère pourtant et l’église témoignent de la période paléochrétienne (entre le 4e et le 6e, voire le 7e siècle) et comptent parmi les quelques exemplaires connus en Corse.

Situation géographiqueImprimer

Village:
Linguizzetta
Chapelle:
Santa Maria di Bercaja
Pieve:
Verde
Diocèse:
Aleria

Coordonnées Google Earth:
42°12'02.58"N 9°33'07.86"E
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Coordonées GPS:
42°12.043’N 9°33.130’E
Altitude:
7 m

Carte IGN:
Cervione 4351 OT point 4215-595,6 de l’autre côté de la route par rapport à l’indication Santa Maria

Accessibilité:
sur la D617 au point 42°12.057’N 9°33.073’E (un peu avant la marine de Bravone) prendre un petit sentier qui longe la route puis s’enfonce dans le maquis.

Modalités de visite:
accessible

Datation:
entre le 4e et le 6e, voire 7e s., 9e s.
Dimensions:
complexe baptismal

Classement monument historique:
23/10/2017:
08/05/2016

Galerie

Historique et description

Les ruines de Santa Maria se situent près de la marine de Bravone sur un petit poggio recouvert par une végétation assez dense.

Santa Maria de Barchaia apparaît dans un acte de donation du comte Simon au Monastère de Monte Cristo au 10e siècle mais on en avait complètement perdu la trace.

Située dans une propriété privée, elle a été découverte en 1966 et fit l’objet de plusieurs campagnes de fouilles dont la dernière, en 1987-1988, permit la découverte du baptistère.

Résultat : mise au jour de tout un complexe composé d’un baptistère, d’une église piévane et d’une chapelle funéraire datables du 4e au 6e siècle et dans l’église, une chapelle reconstruite au 9e siècle.

Dans son rapport de fouilles, Geneviève Moracchini-Mazel mentionne six états successifs de construction ou de reconstruction. Nous en reprendrons les grandes lignes sans entrer dans les détails.

 

Sur place, il n’est pas facile de s’y retrouver car la végétation recouvre un enchevêtrement de murs.

Une bonne façon de s’orienter consiste à partir du baptistère cruciforme abrité par un petit auvent. La cuve baptismale cruciforme inscrit dans un cercle est entouré d’un mur arasé de 5 m x 5 m. Elle était donc abritée dans une petite construction. Quatre petits escaliers de deux marches permettaient de descendre dans la cuve baptismale d’une profondeur de 1 m. La cuve, au sol de marbre blanc, était alimentée en permanence par de l’eau amenée à travers une canalisation faite de petites amphorettes et évacuée vers l’est par un système semblable en utilisant la déclivité du terrain. Les parois de la cuve étaient recouvertes de deux couches d’enduit d’étanchéité superposées. Geneviève Moracchini-Mazel avance la date du début du 4e siècle pour ce baptistère qui aurait été transformé quelques décennies plus tard. La margelle de la cuve fut transformée, prenant une forme hexagonale incurvée pour pouvoir accueillir de part et d’autre de chaque escalier deux petites colonnettes. Ces colonnettes, dont une dizaine de fragments furent retrouvés, étaient surmontées de chapiteaux et devaient soutenir une coupole surmontant la cuve. Celle-ci était donc recouverte par un baldaquin, tout comme celle de Mariana dont les dimensions sont identiques. Le système d’alimentation en eau fut modifié et la cuve recouverte d’un enduit plus fin.

A l’ouest du baptistère, les murs extérieurs de l’église et de la chapelle funéraire paléochrétiennes  forment une espèce de couloir fermé à l’ouest.

Au sud, il s’agit d’un des murs de l’église : l’édifice de 11,35 m x 7,15 m, à trois travées reposant sur des piliers se termine par un chevet plat. On accédait à l’intérieur de l’édifice par deux portes, l’une dans l’angle nord-est et l’autre dans la façade occidentale. Cette église est contemporaine du baptistère, c’est-à-dire de l’époque paléochrétienne. Le site fut sans doute complètement abandonné et vers le 9e siècle, une chapelle plus petite à nef unique a été reconstruite à l’intérieur de l’église, sans doute comme chapelle souvenir. Cette nouvelle chapelle se termine par une abside semi-circulaire qui vient buter contre le chevet plat de l’église paléo-chrétienne et délimite ainsi deux petits espaces dont l’un communique avec l’extérieur. Un important chancel est encore visible.

Au nord de cette église se profilent les murs d’un troisième édifice plus petit (7,80 m x 5 m) mais pourvu d’une abside semi-circulaire. Trois tombes au moins ont été découvertes à l’intérieur. Il pourrait donc s’agir d’une chapelle funéraire datant, elle aussi, de l’époque paléochrétienne. Signalons qu’une douzaine de tombes furent mises au jour lors de l’étude du site.

Le matériel trouvé lors des fouilles ne permet pas une datation précise mais il est certain que ce complexe a été utilisé entre le 4e et le 6e, voire 7e siècle. Il fut sans doute détruit et tomba dans l’oubli total avec un petit soubresaut au 9e siècle lors de la construction de la petite chapelle à l’intérieur de l’église.

Il a été construit sur des vestiges d’occupation antérieure comme en témoignent les murs apparus dans l’angle sud-ouest à l’extérieur de l’église.

Le site de Bravone s’inscrit donc dans la lignée des sites paléochrétiens comme la Mariana à Lucciana, Maria de Rescamone à Valle di Rostino, San Giovanni Battista à Ajaccio et Sant’Appien à Sagone et a connu, comme eux, des destructions suivies de reconstructions. Geneviève Moracchini-Mazel identifie 6 états successifs entre le 4e et le 9e siècle.

 

Bibliographie

Coroneo R., Chiese romaniche della Corsica, 2006, p. 23-24

Duval N., Les premiers monuments chrétiens de la France, 1 Sud-Est et Corse, 1995, p. 336-342

Les églises piévanes de Corse de l’époque romaine au Moyen Age, XIV La piévanie de Bravone, Cahiers corsica 134-135, 1990, p. 58-96

Michel F., Pasqualaggi D., Carte archéologique de la Gaule, la Corse, 2013, p. 220

Moracchini-Mazel G., Corsica Sacra, 2004, p. 213-216

Moracchini-Mazel G., Les églises romanes de Corse, 1967, t. 2 p. 306, 421