Lucciana: Santa Maria Assunta dite la Canonica

Le site de Mariana est un livre ouvert : le visiteur y passe du 1er siècle de notre ère au 12e siècle en découvrant les vestiges d’un site romain, les arases d’une basilique paléochrétienne et son baptistère du 5-6e siècle, ainsi qu ’une superbe basilique de la fin du 11e-début 12e siècle. A ne pas manquer.

Situation géographiqueImprimer

Village:
Lucciana
Chapelle:
Santa Maria Assunta dite la Canonica
Pieve:
Mariana
Diocèse:
Mariana

Coordonnées Google Earth:
42°32'21.51"N 9°29'43.80"E
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Coordonées GPS:
42°32.363’N 009°29.712’E
Altitude:
4 m

Carte IGN:
Vescovato 4349 OT, au sud de Bastia, non loin de l'aéroport de Poretta, point 4252,3-587,3 marqué La Canonica cath.

Accessibilité:
au bord de la D 107 en direction de la mer

Modalités de visite:
site accessible ; intérieur accessible en saison ; s'adresser à  la mairie (04 95 38 43 40)

Datation:
site romain, vestiges de la basilique des 5e-6e siècles, basilique de la fin du 11e-début 12e siècle
Dimensions:
33 m x 20 m

Classement monument historique:
1886
27/06/2017:
25/05/2015

Galerie

Historique et description

La cathédrale de Mariana se dresse dans un site aujourd’hui un peu à l’écart et impose par sa tranquille beauté.
Elle domine du côté sud un site particulièrement intéressant et un des rares sites corses à avoir été minutieusement fouillé.
Il est apparu que la cathédrale actuelle, inaugurée avec faste en 1119 par Pierre, évêque de Pise, avait été précédée d’un édifice paléochrétien des 5e-6e siècles, lui-même construit dans un site romain fondé par Marius au 1e siècle de notre ère.
L’histoire du site fut mouvementée : destruction violente au 6e siècle, sans doute par les Lombards, reconstruction au 7e siècle, abandon du site vers le 8e siècle, construction d’une nouvelle cathédrale et du palais épiscopal abritant les chanoines (d’où le surnom de Canonica) à la fin du 11e siècle, au moment du retour de la paix instaurée par les Pisans.
Son prestige était tel qu’elle accueille des conciles provinciaux au début du 12e siècle, qu’elle demeure le lieu des élections notamment des comtes de Corse jusqu’au 15e siècle et que les évêques y étaient intronisés jusqu’en1801,date du transfert de l’épiscopat à Bastia.
Pourtant elle fut mal entretenue : en 1530 Mgr Agusto Guistiani constate que cette église, magnifique édifice, est si mal entretenue et si peu soignée qu’on peut l’appeler une étable d’animaux plutôt qu’un temple consacré au culte divin.
En 1840, elle avait perdu sa toiture et ses portes qui furent reconstruites en 1931 et c’est en 2000 qu’elle fut entièrement restaurée ; elle sert encore au culte, notamment le lundi de Pentecôte.
La cathédrale se caractérise par une grande sobriété mais qui, comme l’écrit Mérimée, n’exclut pas une grande élégance.
A l’harmonie de ses proportions s’ajoute une perfection de construction : les pierres de Sisco et de Brando, amenées par bateaux et taillées sur place, sont ajustées à joints vifs en jouant sur les reflets orange, vert et bleu et les trous de charpente apparents deviennent un élément décoratif.
La façade occidentale présente une division tripartite qui reflète la division intérieure des trois nefs de hauteur différente.
Elle est scandée par deux fins pilastres semi-engagés encadrés aux angles par des pilastres plus massifs. Un bandeau rectiligne divise la hauteur en deux parties : dans le haut, une croix ajourée et un oculus, dans le bas la porte encadrée de deux pilastres soutenant un arc en plein cintre sculpté doublé d’un bandeau orné d’entrelacs en méplat, décoration également utilisée sur le linteau monolithe. L’arc est orné d’animaux : lion, deux griffons affrontés, un agneau portant une croix, un loup, un cerf poursuivi par un chien et, enfin, deux griffons. Le motif de l’agneau portant une croix est le symbole de l’Agneau de Dieu ici affronté à un loup et pourrait évoquer la victoire du Bien sur le Mal. Mais dans le contexte de la fin du 11e siècle, on peut y voir aussi la victoire des Croisés sur les Sarrasins. Ce thème se retrouve sur d’autres églises (Murato) et surtout en Italie lombarde.
L’abside est un chef d’œuvre d’équilibre et d’harmonie dans ses proportions.
Elle est animée par des petits pilastres au chapiteau finement sculpté supportant une frise à arcature dont le rythme est repris sur le fronton percé d’un oculus. Cinq fenêtres sont reparties sur la façade orientale : trois sur l’abside et une sur chaque bas-côté. Cette abside s’inscrit très clairement dans un style que l’on retrouve dans de nombreux édifices bâtis à cette époque tant en Toscane qu’en Sardaigne.
Les murs latéraux sont très sobres : ils sont percés de dix fenêtres disposées irrégulièrement et réparties sur les deux niveaux de l’édifice. Elles sont de parement ébrasés et surmontées d’un linteau échancré en plein cintre ou légèrement brisé parfois souligné d’un trait.
Quatre portes permettaient l’accès : une à l’ouest et au nord, deux au sud. Elles sont surmontées soit d’un arc à claveaux, soit de linteau rectangulaire ou à bâtière.
Sur le mur sud, sont insérées trois grandes dalles gravées de cercles concentriques et de semis d’étoiles. Les alvéoles étaient comblées à l’aide de pâte colorée, dit intarsiata. A l’angle sud-est se dressait un campanile ou plutôt une tour (étant donné les dimensions 5,36 m x 5,60 m) dont il ne reste que la partie basse.
La basilique, par ses dimensions (33m x 20 m de large), est la plus grande de Corse pour cette époque : elle présente trois nefs, dont la nef centrale est plus haute que les deux autres, séparées par deux séries de six piliers rectangulaires reprenant les arcs des travées.
L’abside, voûtée en cul de four et située à l’est, est semi-circulaire ; elle est précédée par la travée droite du choeur voûtée en berceau plein cintre reposant sur deux piliers cruciformes.
Pas de décor à l’intérieur : les piliers sont surmontés d’un simple tailloir mouluré. Seule petite particularité sur le mur nord : deux gravures présentant l’une un quadrupède, l’autre un serpent.

Le site archéologique se développant au sud de la cathédrale a livré des vestiges très intéressants dont le palais épiscopal de la fin du 11e-début 12e siècle composé de deux ailes disposées à angle droit sans doute en connexion avec le campanile. Ce palais fut probablement détruit à la fin de 13e siècle lorsque les évêques migrèrent vers Vescovato .
Sous le palais, les fouilles ont mis au jour les vestiges d’une basilique paléochrétienne des 5e- 6e siècles à trois nefs ( de 39 m x 18 m) et un baptistère avec décor en mosaïque maintes fois remanié (il a sans doute servi aussi du temps de la cathédrale médiévale). Ces deux édifices furent construits sur les vestiges d’une domus romaine des 3e-4e siècles.
Bordant la voie romaine (decumanus) et construite en briques, la basilique comportait trois nefs inégales séparées par des rangées de colonnes ; l’autel était disposé sur un podium surélevé (aujourd’hui protégé par un petit toit). Le sol était décoré de mosaïques tout comme le petit baptistère cruciforme se dressant à quelques mètres de la basilique. Cette première basilique fut reconstruite au 9e-10e siècle, mais plus petite : elle ne comportait qu’une seule nef dont l’abside est centrée sur l’autel du premier édifice.
Nous avons repris les travaux de G. Moracchini-Mazel mais les datations font couler beaucoup d’encre et les chercheurs sont loin d’être d’accord sur la chronologie relative proposée. Seule la date de l’inauguration de la cathédrale en 1119 est reconnue par tous.


L’abondant matériel archéologique trouvé en fouilles (qui continuent encore d’ailleurs) sera présenté dans un musée en préparation.
Chaque année a lieu le lundi de Pentecôte la Feria de la Canonica : messe solennelle en l’honneur de Santa Reparata, marché d’artisanat et kermesse.

Bibliographie

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Internet


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Camuffo P., “Cathédrale de Santa Maria Assunta (Canonica), Médiathèque Culturelle de la Corse et des Corses (m3c.univ-corse.fr).
coggia.com/coggia-sagone/dossiers/Gaubert : Gaubert, Recherches sur les origines de la Corse par les monuments (d’après les dessins pris sur place pendant les années 1886-1889), planches I et II
Corse.fr/musees-corse
corsicatheque/histoire(patrimoine)/eglises, chapelles et couvents
Culture.gouv.fr/public/mistral/merimee_ fr
Decouvrirlacorse.chez.com/romanes
elizabethpardon.hautetfort.com
France-romane.com
Iterr-cost
Jalladeauj.fr
Romanes.com
Verges.jeanmarie.free.fr
Wikipedia