Murato: San Michele

Ne pas manquer la visite de la perle des perles. Edifice du 12e siècle, synthèse de l’art pisan en Corse : de plan habituel, elle excelle dans la recherche de la polychromie et dans un décor sculpté foisonnant à la fois traditionnel et inédit, esthétiquement parfait et parfaitement naïf.

Situation géographiqueImprimer

Village:
Murato
Chapelle:
San Michele
Pieve:
Bevinco
Diocèse:
Nebbio

Coordonnées Google Earth:
42°35'09.81"N 9°20'00.49"E
Afficher la carte Google

Coordonées GPS:
42°35.163’N 009°19.998’E
Altitude:
463 m

Carte IGN:
Bastia Golfe de St Florent 4348 OT, au sud-ouest du col de San Stefano, point 4257,3-574 marqué San Michele

Accessibilité:
 au bord de la D 5, à  5 km du col de San Stefano vers le village de Murato

Modalités de visite:
en saison : ouvert tous les après-midis ; hors saison : s'adresser à  la mairie (04 95 37 60 10)

Datation:
premier édifice 10e ou 11e, église actuelle 1150 ; fresques du 15e siècle
Dimensions:
14,34 m x 5,54 m

Classement monument historique:
1875
23/05/2017:
05/05/2013 accueilli par Monsieur Pascal André Magnan

Galerie

Historique et description

S’il faut voir une église romane en Corse, c’est bien San Michele de Murato,un vrai chef d’œuvre.
« C’est la plus élégante, la plus jolie église que j’ai vue en Corse », écrit Mérimée dans ses « Notes d’un voyage en Corse »(1834).
Située sur un promontoire donnant la vallée du Bevinco, sa silhouette se détache du paysage.
Construite de blocs de serpentine vert foncé venant de la vallée de Bevinco et de calcaire clair de Saint Florent, elle présente un jeu de bichromie : en damier dans le bas de l’édifice, en bandes horizontales dans le haut et, d’une façon aléatoire, dans tous les éléments architecturaux : modillons, bandeau sous la toiture, linteaux, colonnes du porche-clocher…
A ce jeu de couleurs s’ajoute un décor sculpté se développant, sous la toiture, en bandeau et cordelière, frise d’arcatures sur modillons, linteaux et même sur le tympan de certains arcs aveugles : décors zoomorphes, géométriques, végétaux, personnages grotesques, figures symboliques. Des incrustations de pierres de couleurs et bols polychromés (5) ajoutaient la touche finale. Les photographes en perdent la tête !


D’architecture classique, San Michele apparaît comme une synthèse du répertoire décoratif présent dans les différentes églises du 12e siècle à Pise, en Sardaigne et en Corse. On connait peu de chose sur les artisans. Mais en comparant cette église à celles de la région de Pise et de Sardaigne, on peut imaginer la présence de maîtres-maçons itinérants qui, envoyés par Pise, ont supervisé différents chantiers et formé des maçons locaux.
Les comparaisons sont nombreuses. En Corse, on pense à Aregno (bichromie, deux petits personnages de la façade occidentale, quadrupèdes), à Cambia (modillons, tympan de la tentation d’Eve présent aussi à Santa Maria de Rescamone), à la cathédrale du Nebbio (bestiaire, décor en coquilles), et à celle de Mariana (représentation de l’Agneau de Dieu). Les modillons de Santa Maria Figaniella et de San Pietro di Tenda sont de même inspiration.
Mais de nombreuses représentations sont originales : rinceaux et entrelacs ou jeux de cercles avec figure humaine (fenêtres mur sud), thème de l’ange et du vendangeur (fenêtre mur nord), personnages divers que Mérimée jugea obscène.
Il se dégage de ce répertoire une évocation du rôle de l’église piévane qui, en plus de son rôle religieux, servait aussi pour les assemblées et pour rendre la justice. Des motifs comme le parchemin, le personnage à l’épée ou le couteau, évoquent sans doute ce rôle communautaire.

Le mur sud offre une surprise dans tout ce répertoire chargé : les traces d’un cadran solaire. Trois lignes de 35 cm visibles à une hauteur de 1m20 du sol sont  disposées  en éventail à partir d’un point sommital. La tige permettant de projeter l’ombre devait être fichée dans le joint entre les blocs.


Datée de 1150 et mentionnée pour la première foi en 1137, l’église a sans doute été construite en deux phases : l’église elle-même (de petites dimensions : 14,34 m x 5,54 m) vers 1150, puis le clocher-porche encore au 12e siècle.
Ce clocher est un des rares à être contemporain de l’édifice. Il repose sur deux colonnes trapues et a été surélevé au 19e siècle. Sur la face occidentale, on aperçoit deux pierres sculptées, l’une de poissons, l’autre d’un petit cheval, qui sont sans doute un réemploi d’éléments d’un édifice antérieur.
D’autres pierres gravées plus que sculptées dans le bandeau de l’abside pourraient, elles aussi être des réemplois selon G. Moracchini-Mazel.


A l’intérieur, la nef unique est couverte d’une charpente. L’arc triomphal à double ressaut est composé de claveaux alternativement vert et blanc. Au sommet de l’arc, un aigle aux ailes déployées et à la base de celui-ci des consoles ornées de feuilles stylisées.
L’intérieur devait être décoré de fresques. Il n’en reste qu’une petite partie d’enduit sur le mur nord et de vagues zones colorées dans l’abside.
Heureusement, il reste encore l’annonciation disposée sur l’arc triomphal : d’un côté l’ange Gabriel et de l’autre la Vierge Marie. En dessous de celle-ci, des fragments d’un saint. Un décor géométrique en forme de carrelage et des motifs floraux et de papiers pliés complètent l’ensemble. Ces fresques sont à dater de la fin du 15e siècle.


L’église sert encore une fois par an le 8 mai ou à l’occasion (notamment pour des mariages).
De nombreuses associations sont intervenues pour que l’église Saint Michel puisse traverser les âges. La dernière restauration a particulièrement mis en valeur la richesse de sa décoration.

Bibliographie

Arnoux-Gabrielli A., Eglises romanes de Corse, 2016, p. 144

Berti G., Tongiorgi L., Les céramiques décoratives sur les églises romanes de Corse, Cahier Corsica 53, 1975, p. 15
Coroneo R., Chiese romaniche della Corsica, 2006, p. 142-145, 151, 154-156, 158, 173
Corse médiévale, Guides archéologiques de France, 2014, p. 109
Feuillet à la mairie écrit par Mr A. Magnan
Istria D. dans Corsica christiana, 2001, 2 p. 31 notice 50
Istria D., Pouvoirs et fortifications dans le nord de la Corse XIe-XIVe siècle, 2005, p. 114, 320
Itinera romanica, itinerari romanici tra Corsica, Sardegna e Toscana, 2011, p. 226-229
Guide Bleu, Corse, 2009, p. 108-109
Guide Vert, Corse, 2009, p. 164
Haute Corse, Gallimard, 2006, p. 181
Lonely planet, Corse, 2014, p. 87
Magnan P.-A., Saint Michel de Murato, l’Aretta, 2012
Magnan P.-A., Saint Michael’s Church of Murato, L’Aretta, 2013
Massiani St., La Corse et ses chapelles romanes, 1991, p. 41-42
Mérimée P., Notes d’un voyage en Corse, 1840, p. 125-132 avec croquis
Michel F., Pasqualaggi D., Carte archéologique de la Gaule, La Corse, 2013, p. 251
Monuments de Corse, 2003, p. 47-49
Moracchini-Mazel G., Corse romane, 1972, p. 50, 167-172
Moracchini-Mazel G., Corsica sacra, 2004, p. 247
Moracchini-Mazel G., Les églises romanes de Corse, 1967, t. 1 p. 48, 113, 114, 127, 132-140, t.2 p. 260
Orsolini St., L’art de la fresque en Corse de 1450 à 1520, 2003, p. 49-50
Sites remarquables vus du ciel, Corse, 2011, p. 98

Internet


coggia.com/coggia-sagone/dossiers/Gaubert : Gaubert, Recherches sur les origines de la Corse par les monuments (d’après les dessins relevés sur place dans les années 1886-1889), planches XXII et XXIII
corsicatheque/histoire(patrimoine)/eglises, chapelles et couvents
Culture.gouv.fr/public/mistral/merimee_from/romanes
Corse.fr/musees-corse
Decouvrirlacorse.chez.com
elizabethpardon.hautetfort.com/archive/2009/03/02/san-michele-di-murato.html
France-romane.com
Itter-cost
Histoire.du.nebbio
Jalladeauj.fr
Romanes.com
Saint Michel de Murato,
Verges.jeanmarie.free.fr