Prato di Giovellina: Tribuna

Les ruines de l’édifice surnommé « La Tribuna » s’élèvent dans le vallon au pied du château de Serravalle. La visite des deux édifices offre un témoignage sur les pouvoirs dans la Corse féodale.

Situation géographiqueImprimer

Village:
Prato-di-Giovellina
Chapelle:
SS. Gervasio et Protasio, dite La Tribuna
Pieve:
Giovellina
Diocèse:
Aleria

Coordonnées Google Earth:
42°25’55.03"N 9°10’40.44"E
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Coordonées GPS:
42°25.918'N 9°10.675'E
Altitude:
318 m

Carte IGN:
4250 OT Corte Monte Cinto, au n-w du point marqué Chiostrone, point 4238,3-562

Accessibilité:
Prendre la D18 vers Popolasca ; après l’embranchement vers Piedigriggio, prendre le premier sentier à gauche ; le suivre jusqu’à un plan d’eau. Les ruines émergent de la végétation sur la droite.

Modalités de visite:
Accessible

Datation:
Fin 11ème siècle
Dimensions:
14,20 m x 7,15m

Classement monument historique:
Non
16/12/2017:
13/02/2016

Galerie

Historique et description

Située sur une petite plate-forme entre des ruisseaux, les ruines de l’édifice dit la Tribuna sont en partie masquées par la végétation. Le mur nord émerge pourtant et s’aperçoit à partir d’un petit plan d’eau artificiel.

L’édifice a beaucoup souffert : le mur de l’abside n’est plus conservé que sur 1 m de hauteur tandis que le parement des autres murs a été arraché en grande partie. Seuls, la façade ouest et le mur nord sont relativement bien conservés.

Les dalles de revêtement sont de dimensions très variables : de grandes dalles alternent avec des éléments plus petits mais le tout est agencé avec soin afin de retrouver des assises horizontales, parfois avec insertion de morceaux de tuiles. Ces dalles sont taillées en pointe afin de bien s’insérer dans le noyau. Ce dernier est composé de pierres mises en écaille de poisson (comme dans le mur nord), mélangées à du mortier. Les trous de charpente résultent de l’écartement des assises.

Deux portes donnaient accès à l’édifice : l’une encore en place dans le mur ouest, l’autre au sud et située près de l’abside. La porte occidentale est intéressante car son linteau est composé d’une grande dalle de schiste vert orné d’entrelacs composés de cinq boucles aux torons formés de trois lignes parallèles. Ce motif se prolonge sur la partie antérieure du linteau et semble s’interrompre brutalement. Il s’agit sans doute d’un remploi, peut-être d’un édifice précédent. Au-dessus de ce linteau, un tympan nu est encadré d’un arc formé de beaux claveaux alternativement larges et minces. L’arc de la façade extérieure est souligné d’une moulure au profil triangulaire

Les fouilles entreprises en 1961 ont mis au jour des éléments de corniche : pierres décorées de cordelières, de chevrons en fort relief et de petites sections de cercles régulièrement taillés se terminant par de petits modillons dont un est orné d’un losange. Entre ces petits cercles ont été insérés des morceaux de briques. Ces éléments, à l’exception de la bande décorée de chevrons qui a disparu, ont été fixés à l’intérieur du mur nord et suggèrent une datation du 11e siècle.

La nef unique, de 14,20 m x 7,15 m, se termine à l’est par une abside peu profonde. Deux niveaux de sol y ont été observés : sur le premier, un dallage et les fondations d’un autel construit sans grand soin. Plus profondément sur le second sol (en réalité le plus ancien), on a retrouvé un mur de clôture avec un passage central et les fondations d’un petit massif de maçonnerie placé au centre d’une estrade à laquelle on accédait par un emmarchement comportant en son milieu une dalle usée par les pas. Ces dispositions d’après Geneviève Moracchini-Mazel ne se prêtent pas à la liturgie. Son hypothèse est d’y voir, conformément à la tradition orale, un tribunal, idée qui ne fait pas l’unanimité.

Les fouilles ont également permis le dégagement d’un petit buste sculpté représentant un personnage stylisé. Cette sculpture, conservée aujourd’hui au Musée de Bastia (inv. MEC 61-25.1), fait penser aux sculptures en ronde bosse que l’on retrouve par exemple à Aregno ou encore à Murato.

Cet édifice était dédié, selon Mgrs Giustiani et Mascardi, aux saints « Gervas et Protas » et était l’église piévane. Il est plus connu sous l’appellation « La Tribuna », ce qui évoque une fonction judiciaire. Peut-être a-t-il rempli les deux fonctions à des moments différents.

Signalons, pour terminer, que ces ruines s’élèvent au pied du château de Serravalle, un des plus importants vestiges civils du Moyen Age en Corse. Fief des seigneurs Amondaschi, il fut sans doute construit au 11e siècle. La visite vaut le détour.

Bibliographie

Istria D., Pouvoirs et fortifications dans le Nord de la Corse, XIe-XIVe siècle, 2005
Le Castello et la Rocca féodale en Corse, VIII Le castello de Serravalle à Piedigriggio, Cahier corsica 214, 2004, p. 140-156
Massiani St., La Corse et ses chapelles romanes, 1991, p. 83-84
Michel F., Pasqualaggi D., Carte archéologique de la Gaule, la Corse, 2013, p. 260
Moracchini-Mazel G., Corsica Sacra, 2004, p. 245, 259
Moracchini-Mazel G., Les églises romanes de Corse, 1967, t.1 p. 17, 19, 67, 111-113, t.2 p. 300

Internet :

Voir à château de Serravalle à Piedigriggio
Elizabethpardon.hautetfort.com/archive/2014/03/16/pieve-di-ghuvellina
France-romane.com