

Il faut affronter ronciers et clôtures pour découvrir les ruines de l’église San Quilico dont l’angle sud-ouest est encore conservé sur près de 5 m de haut et l’abside sur plusieurs assises. Entre ces deux éléments extrêmes, les traces se perdent sous la terre et dans la végétation.
La piève de Luzzipeo avait deux églises : San Lorenzo et San Quilico.
De la première, il ne reste que des pierres éparses.
Par contre de la seconde, San Quilico, il reste suffisamment de vestiges pour avoir une idée des dimensions de l’édifice.
L’angle sud-ouest est miraculeusement conservé sur une hauteur d’environ 5 m. Formé de grands blocs alternant avec de plus minces, il s’élève sur des fondations de petites pierres comblant la déclivité du terrain. Les trous de charpente sont constitués d’espaces laissés entre les blocs ou d’entailles dans les blocs même. Tous ces éléments permettent de dater l’édifice de la première moitié du 11e siècle.
L’angle nord-ouest s’est effondré et git à terre, parfois encore en blocs conséquents. La porte occidentale est bien marquée tout comme d’ailleurs celle du mur sud (dans le fond de l’édifice), malgré le mauvais état de celui-ci. La nef unique, de 14m x 6m environ, se termine par une abside semi-circulaire au centre de laquelle se dressait l’autel. Celui-ci porte les traces d’une réfection tardive tout comme la partie occidentale du mur sud, sans doute du XVIIe siècle
L’édifice devait avoir une troisième porte située dans le mur nord, à la hauteur de l’amorce de l’abside. On en voit très nettement le seuil et une pierre présentant une cupule, sans doute le trou devant recevoir le gong de la porte. Notons encore qu’un bloc présentant une archivolte a été replacé sur le mur extérieur de l’abside. Il s’agit du seul vestige des fenêtres. Cinq claveaux de l’arc triomphal ont été retrouvés ; ils ont été cimentés sur la parie supérieure gauche de l’abside.
Les ruines de l’église piévane de Luzzipeo occupent un petit plateau aujourd’hui envahi par les arbres et entouré de petits ruisseaux. Parmi les vestiges trouvés sur le site, figurent des débris romains témoignant d’un édifice antérieur, sans doute paléochrétien.
Mgr Giustiniani mentionne, au début du 16e siècle, que la Pieve d’Armito était complètement inhabitée à l’exception du petit village de Locipeo. Celui-ci fut détruit par les invasions barbaresques de la fin du même siècle.
Deltour Ph., Levie Cl., Les édifices romans de la Corse, vol. 1, 2020, p. 34-36
Les églises piévanes de Corse de l’époque romaine au Moyen Age, XXI La piévanie de Luzzipeo, Cahier Corsica, 180, 1998, p. 3-8
Moracchini-Mazel G., Corsica Sacra, 2004, p. 29
Moracchini-Mazel G., Les églises romanes de Corse, 1967, t. 2, p. 281-282