

Les imposantes ruines de l’ancienne église piévane, reconstruite sans doute au 14e siècle, offrent de nombreux éléments romans remontés, les uns à leur place, comme les tympans polychromes des deux portes, ou intégrés dans la nouvelle construction comme certaines pierres sculptées.
Les ruines de cette église émergent entre les oliviers sur une petite éminence dominant la vallée non loin de l’ancien couvent de Tuani.
En s’approchant, on est frappé par le caractère imposant de cet édifice faisant penser à une église fortifiée dont il ne reste que les murs et qui sert d’abri aux vaches et aux chèvres.
Les dimensions ne sont pas celles des traditionnelles constructions romanes et pourtant on y retrouve des éléments qui, indiscutablement, appartiennent à l’époque pisane : la porte occidentale et latérale (nord) sont toutes les deux surmontées d’un tympan en plein cintre présentant un arc à claveaux de pierre en granit gris, rose et blanc disposés en alternance ; les piédroits des portes sont constitués de grandes pierres soigneusement taillées ; un arc triomphal se dresse à l’intérieur et certaines fenêtres reprennent la forme de meurtrière. En y regardant de plus près, on constate, malgré l’état de délabrement, qu’il y a eu des remaniements en profondeur.
Geneviève Moracchini-Mazel pense que le bâtiment a été complètement reconstruit déjà au 14e siècle et que la nouvelle construction aurait remonté les éléments pisans mentionnés. L’abside semi-circulaire n’a pourtant pas été conservée et a été remplacée par un chevet plat. L’édifice présente donc un plan rectangulaire de 20 m sur 7 m de large. La datation de la reconstruction se base sur la présence de pilastres à pans coupés que l’on retrouve dans d’autres bâtiments des 13e-14e siècles.
En observant l’épaisseur des murs et les différents appareillages qui apparaissent dans les pans de murs en partie écroulés, on peut se demander si la nouvelle construction n’a pas aussi simplement englobé des parties existantes (surtout dans le mur sud).
A l’intérieur, certains motifs sculptés ont été réutilisés : il s’agit d’un bandeau décoré de petits cercles ou de moulures avec un bandeau en relief. On les retrouve au-dessus des pilastres à l’intérieur de la nef. Ces motifs permettraient une dation de la fin du 11e-début du 12e siècle.
D’autres blocs de réemplois sont observables dans les murs, notamment un linteau échancré souligné d’une ligne semi-circulaire et d’autres fragments des fenêtres primitives.
D’après les textes, l’église San Giovanni Battista est restée l’église piévane de Tuani jusqu’au moment où ce titre a été transféré à l’église San Michele de Speluncato, ce qui apparaît dans un texte de 1646.
Le site, occupé depuis le néolithique, avait été sans doute choisi pour sa position à la croisée des chemins des villages médiévaux environnants comme li Quercioli (ancien village médiéval), Belgodère, Ochjatana, Ville de Paraso, La Costa, La Cavalleragia et Speluncato. Non seulement on y baptisait mais on y rendait également justice.
Guide Vert, 2009, p. 190
Moracchini-Mazel G., Les églises romanes de Corse, 1967, t. 2 p. 235
coggia.com/coggia-sagone/dossiers/Gaubert : Gaubert, Recherches sur les origines de la Corse par les monuments (d’après les dessins pris sur place pendant les années 1886-1889), planche VIII
elizabethpardon.hautetfort.com