Propriano: Ruines préromanes

Au centre d’un nouveau lotissement au coeur de Propriano, les vestiges de deux églises emboitées ont été conservés, seuls témoins de la ville antique des 6e siècle et 12-13e siècle.

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Situation géographiqueImprimer

Village:
Propriano
Chapelle:
sans patronyme
Pieve:
Veggeni
Diocèse:
Ajaccio

Coordonnées Google Earth:
41°40’27.49’’N 8°54’23.73’’E
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Coordonées GPS:
41°40.459’N 8°54.396’E
Altitude:
28 m

Carte IGN:
Propriano 4154 0T, point 4152,2-546

Accessibilité:
petit jardin au centre du quartier La Quattrina

Modalités de visite:
accessible

Datation:
6e siècle ; 12-13e siècle
Dimensions:
16m x 8,50 m ; 11m x 5,60 m

Classement monument historique:
25/09/2017:
29/04/2016

Galerie

Historique et description

Le texte descriptif que nous reprenons ici nous a été fourni par Philippe Chapon, responsable des fouilles du site. Nous l’en remercions vivement.

La fouille du site de Quattrina a permis de mettre au jour un ensemble funéraire riche de 72 sépultures, ce qui avec les inhumations multiples, correspond à au moins 85 individus.

Ceci ne représente qu’une partie d’un ensemble plus beaucoup plus vaste puisqu’il s’étend en dehors de l’emprise de la fouille et se prolonge au moins jusqu’à la route de Sartène, où des sépultures en bâtières avaient été repérées en 1970.

La durée d’utilisation de cette « nécropole » recouvre une période très longue puisque les premières traces funéraires sont représentes par une fosse à crémation (bustum), dont l’usage ne dépasse pas le IIIe siècle de notre ère au plus tard et que la sépulture la plus récente a été datée par une analyse au C 14 du XIe siècle de notre ère.

Sa période de plus grand développement correspond au VIe. s.

L’ensemble s’est visiblement établi dans un espace suburbain caractérisé par de grandes fosses dépotoirs qui ont livré un riche matériel d’importation africaine des III et IVe s.

Ces sépultures sont liées à différents édifices pour la plupart religieux qui se sont succédés sur le site et qui ont été mis en évidence lors du décapage général du terrain.

Le premier édifice correspond à un grand bâtiment quadrangulaire accolé à un vaste exèdre qui semble avoir été construit au plus tôt au début du Ve s. Son usage originel n’est pas connu, mais il a servi à abriter (peut être dès l’origine), une sépulture datée du VIe. et nous pourrions être en présence d’un enclos funéraire ou même d’un mausolée.

Plus à l’ouest, la première chapelle, dont seule l’extrémité ouest a pu être reconnue, est occupée entre les Ve et VIe s. également et correspond à la période du plus grand développement de la nécropole.

Sa construction serait donc contemporaine de celle des cathédrales de Mariana et d’Ajaccio (Istria 2009, p. 497), ce qui témoigne d’un vaste mouvement d’organisation ecclésiastique consécutive à la reconquête byzantine. Il est extrêmement délicat de trancher sur le statut de cette chapelle dont le plan pourrait s’apparenter à celui d’une église à plan  basilical.

La nécropole s’est elle développée à partir de cet édifice religieux, ou bien le bâtiment s’est-il implanté au sein d’un cimetière préexistant. La contemporanéité des deux ensembles empêche toute certitude à ce sujet et l’absence de la nef et d’éventuelles sépultures dans le bâtiment, ne nous permet pas de dire si nous sommes en présence d’une chapelle sépulcrale. Cet édifice a cependant attiré quelques sépultures (SP 23, 24, 25 et 26), qui se sont installées à l’ouest du chevet.

Le VIIe siècle, par contre, correspond à une période d’abandon avec une réoccupation ponctuelle des bâtiments. A la suite de cette phase, un vaste édifice de culte est construit aprèsarasement au niveau du sol de la plupart des anciennes constructions. Les portions de murs en dehors du périmètre du bâtiment semblent toutefois en partie préservés comme le mur MR 88 ou l’exèdre 85.

Le statut de cette église est difficile à appréhender. Elle possède les caractéristiques d’une église possédant un statut important : aménagements liturgiques conséquents, banc presbytéral, cathèdre, à l’égal des édifices les plus importants de l’île (Mariana, Corte), même si la présence d’un baptistère n’a pas pu être établie sur le périmètre fouillé. Elle semble avoir été en fonction au maximum entre le VIII et le Xe, ce qui correspond paradoxalement à une période où les cinq diocèses de Corse (Ajaccio, Sagone, Aléria, Mariana et probablement Nebbio), ont été regroupés en un seul dit « de Corse », siégeant probablement à Mariana (Istria 2005, p. 90-91). La cathèdre aurait alors été aménagée uniquement pour l’évêque lors de ses éventuelles visites (épisodiques). Seules 3 sépultures semblent associées à cet édifice (SP 204, 205 et 207 datées entre 774 et 917 par C 14 avec 95,4 % de probabilité).

 

Enfin, l’édification d’une dernière chapelle dans les ruines de l’ancienne, probablement au Xe ou au plus tard au début du XIe s. pourrait correspondre à la reconquête de la mer Tyrrhénienne par la flotte pisane sur les musulmans et à la sécurisation au moins ponctuelle du littoral Corse. La moindre taille de l’édifice semble indiquer une diminution de la population. En l’absence de l’attestation de la fonction baptismale, rien ne permet d’affirmer que cette église correspond à l’époque à une piève, et son abandon n’est pas fixé chronologiquement.

Un petit cimetière se développe autour du bâtiment et une sépulture contre le mur nord (datée entre 990 et 1155 par C14), atteste l’existence de ce bâtiment au plus tard au début du XIIe.

Actuellement, l’absence totale de vestiges visibles, de mémoire collective et même de toponymie plaide pour un abandon très précoce, à l’image de l’agglomération de Propriano qui devra attendre la fin du XIXe avant de renaître et de retrouver une certaine importance.

 

Bibliographie

Michel Fr., Pasqualaggi D., Carte archéologique de la Gaule, La Corse, 2013, notice de Ph. Chapon p. 123-124
Moracchini-Mazel G., Les églises romanes de Corse, 1967, t. 2, p. 375

 

Internet

Voir les églises oubliées de Propriano
Les églises oubliées de Propriano, science.gouv.fr, 21 décembre 2009
Site de l’Inrap, vidéos et texte
Propriano, les fouilles de Propriano financées par le Ministère de la Culture, Corse Matin, 01.11.2009