Calenzana: Sa Restituta

Située au milieu d’oliviers, la chapelle du 11e , mais remaniée au 16e et surtout au 18e siècle, est dédiée à une sainte locale dont le sarcophage du 4e siècle a été retrouvé lors de fouilles en 1951. Deux fresques-miniature, uniques en Corse, racontent son martyre à Calvi.

Situation géographiqueImprimer

Village:
Calenzana
Chapelle:
Sa Restituta
Pieve:
Olmia (jusqu'au 17e s)
Diocèse:
Sagone

Coordonnées Google Earth:
42°30'50.36"N 8°51'55.01"E
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Coordonées GPS:
42°30.840’N 008°51.901’E
Altitude:
235 m

Carte IGN:
Calvi 4149 0T, point 4245,3-537,5 marqué Santa Restituda chapelle

Accessibilité:
En voiture ; A partir de Calenzana, emprunter la D 151 sur plus d'un km vers Zillia ; la chapelle se trouve à  gauche entourée d'oliviers et dans un espace dégagé (parking).

Modalités de visite:
La chapelle est fermée. La clé est à  disposition au bar tabac de Calenzana (fermeture à  l'heure de midi et dimanche pm)

Datation:
11e siècle ; 16e et 18e siècle
Dimensions:
remaniée

Classement monument historique:
1990
16/12/2017:
26/09/2015 avec Stéphane Orsini et l’ASCO

Galerie

Historique et description

La chapelle Sainte Restitude mérite un arrêt. Facile d’accès, elle se situe dans un endroit très agréable : une grande aire dégagée ombragée d’oliviers centenaires. Elle renferme des pièces très intéressantes : un sarcophage du 4e siècle et des fresques des 13e-14e siècles, qui témoignent de cette sainte « locale » qui fut, selon la légende, martyrisée et décapitée à Calvi au 3e siècle. Jean-Paul II la reconnut patronne de Calenzana et de la Balagne en 1984.

L’édifice, entouré d’un muret, se dresse sur un site occupé depuis l’antiquité car des fouilles ont révélé les traces de tombes romaines et paléochrétiennes. Edifié au 11e ou 12e siècle peut-être pour remplacer une hypothétique chapelle antérieure (aucun vestige n’a été retrouvé), il connut à travers les siècles de nombreuses transformations. En effet, les deux chapelles latérales furent ajoutées au 14e siècle, la nef fut remaniée au 16e siècle et la reconstruction de la façade, de la coupole octogonale et du chœur au 18e siècle lui donnèrent son aspect actuel. De l’époque médiévale, il ne reste, à première vue, que de petits éléments : une petite tête sculptée sur la façade occidentale ainsi que des bols polychromes (façade occidentale et côté sud) disposés en dehors de tout schéma décoratif et produits dans la région de Florence au15e siècle.

A l’intérieur, la chapelle éclairée par la coupole centrale, présente un plan cruciforme. Dans le chœur, l’autel primitif fut dégagé des éléments baroques qui le masquaient lors de fouilles menées en 1951 : une pierre préromane (sans doute 4e siècle) soutenue par deux éléments de sarcophages.
Ces mêmes fouilles ont mis au jour un cénotaphe décoré de fresques racontant le martyre de Ste Restitude et de ses cinq compagnons : Domitius, Veranus, Patmée, Parthénope et Pargroire. Ces fresques sont malheureusement fort détériorées. Sur la première face, on peut distinguer la tête de trois personnages, sans doute le gouverneur discutant avec ses conseillers. Sur l’autre face, un soldat, l’épée à la main, applique le jugement : la décapitation. Les martyres sont encore à genoux, les têtes gisent par terre. La scène se passe devant des juges et des soldats semblant indifférents. Dans le lointain, se détachent la baie de Calvi et une église hors de la ville (sans doute Santa Maria Vecchia). Ces fresques, genre miniature, sont uniques en Corse. Elles s’inspirent d’un récit du 12e siècle racontant que Ste Restitude et ses compagnons, exilés de Carthage et ayant trouvés refuge en Corse, furent persécutés au 5e siècle par les Vandales. Il semblerait, d’après les recherches de Geneviève Moracchini-Mazel, que le martyre n’aurait pas eu lieu en Corse mais bien à Carthage : Restitude, femme pieuse, et certains clercs durent quitter Carthage par ordre des rois Vandales. Les exilés, arrivés en Corse après 439, y séjournèrent 36 ans. Ils retournent à Carthage où ils furent victimes d’une nouvelle persécution après 484. Leurs reliques furent transférées dans l’île où leur souvenir était encore présent. Qu’elle ait été martyrisée à Carthage ou à Calvi, les ossements ont été placés dans un sarcophage réutilisé et enfoui sous le chœur de la chapelle.
Ce sarcophage (descendre dans la crypte) en marbre blanc, daté du 4e siècle, est décoré au centre du monogramme du Christ : le chrisme qui permet de le dater entre 335 et 365. En dessous du chrisme, deux dauphins qui représentent depuis l’antiquité « les amis de l’homme » évoquent ici le Sauveur à moins qu’il faille y voir le symbole de l’immortalité.
Dans l’église, signalons encore le très beau bénitier signé par un artiste calvais de 1514 et, dans le chœur, la statue polychrome de Ste Restitude du 18e siècle.
Une petite pièce à gauche du chœur sert de petit musée : elle rassemble divers objets archéologiques trouvés en fouilles dans l’église ou dans les environs (menhir, tuiles et inscriptions romaines…).

Aujourd’hui, les ossements des Saints sont présentés dans un cénotaphe en bois près du chœur. Chaque année à Pâques, la statue de Ste Restitude et le cénotaphe sont transportés dans l’église St Blaise de Calenzana pour être ramenés, toujours en grande procession, vers le 27 mai dans la chapelle. L’église paroissiale actuelle est aussi d’origine romane. Jugée trop petite, elle a été agrandie en 1691 sur les plans d’un architecte milanais renommé, Domenico Baïna.

Bibliographie

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Coroneo R., Chiese romaniche della Corsica, 2006, p. 22, 25-26
Duval N., Les premiers monuments chrétiens de la France, t. Sud-Est et Corse, 1995, p. 332-33
Guide Vert, Corse, 2009, p. 218-219
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Haute Corse, Gallimard, 2006, p. 203
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Massiani Stéphane, La Corse et ses chapelles romanes,1991, p. 57
Michel F., Pasqualaggi D., Carte archéologique de la Gaule, La Corse, 2013, p. 202
Moracchini G., Carrington D., Trésors oubliés des églises de Corse, 1959, p. 11 pl. 29-30, p.119
Moracchini-Mazel G., Corsica Sacra, 2004, p. 67-71, 277-278
Moracchini-Mazel G., Les églises romanes de Corse, 1967, t. 1 p. 173, t.2 p. 266-267
Moracchini-Mazel G., Les monuments paléochrétiens de la Corse, 1967, p. 89-102
Orsolini J, L’art de la fresque en Corse de 1450 à 1520, 2003, p. 41, 107

Internet :


coggia.com/dossiers/Gaubert : Gaubert, Recherches sur les origines de la Corse par les monuments (d’après les dessins pris sur place dans les années 1886-1889), planche XVII
Corsicatheque/histoire(patrimoine)/eglises, chapelles et couvents
culture.gouv.fr/public/mistral/merimee_fr