

Sur le site de San Giusto, deux paillers présentent dans leur maçonnerie des pierres de taille romane. Si l’un a manifestement été construit avec des pierres de remploi, le second pourrait être l’ancienne chapelle transformée en ruche.
Le lieu-dit San Giusto abrite aujourd’hui quelques paillers bâtis à proximité d’un petit ruisseau à 744 m d’altitude, en contrebas de la route reliant le col de Pruno à celui de Capanna.
Parmi les bâtisses, l’une d’elles est construite de beaux blocs assez grands bien taillés à angle droit assemblés sans beaucoup d’ordre. Si on retrouve la taille caractéristique des édifices romans, la disposition des blocs est très différente. À première vue, il s’agit donc d’un petit édifice reconstruit avec des blocs ayant appartenu à une chapelle romane sans doute dédiée à San Giusto comme le suggère la dénomination du lieu-dit. Certains blocs sont gris clair de texture un peu poreuse faisant penser à de la lave, d’autres sont de couleur beige rosé.
À l’intérieur, l’attention est attirée par une pierre sculptée présentant une échancrure en plein cintre soulignée par trois gorges concentriques en creux. Il s’agit sans aucun doute d’une archivolte de fenêtre.
Il est dangereux de s’aventurer à l’intérieur car le toit s’effondre mais G. Moracchini-Mazel a probablement visité ce pailler en meilleur état puisqu’elle a discerné les arases des murs latéraux nord et sud qui ont servi de fondations aux murs du pailler actuel. Ces éléments permettent, ajoute-t-elle, de déterminer que l’édifice devait avoir une largeur de 7,15 m et les murs une épaisseur de 0,77 m. Il ne reste aucun vestige ni du mur occidental, ni de l’abside semi-circulaire. D’autres éléments ont été remployés dans un second pailler dont la porte est encadrée par un linteau et des piédroits monolithes bien taillés. Dans la façade, on distingue aussi quelques claveaux mis au-dessus de la porte. Toutes ces pierres proviennent de l’édifice roman.
Dater San Giusto (saint-Juste) n’est pas une chose aisée car les éléments sont très fragmentaires. Geneviève Moracchini-Mazel, se basant sur le linteau de la fenêtre, suggère avec prudence la fin du 11e siècle.
Une autre chapelle romane, San Cesario, se localisait dans les environs d’après le plan cadastral de 1872. Il n’en resterait que des vestiges que nous n’avons pu aller voir.
Deltour Ph., Levie Cl., Les édifices romans de la Corse, vol. 1, 2020, p. 94-96
Moracchini-Mazel G., Les édifices romans de la Corse, 1967, p.239
Pardon E., Paysages aux figures absentes, dans Spazii zifrati Ostriconi & Guissani, 2022, p. 331