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Comme dans beaucoup de cas, il ne reste plus de la chapelle San Martino que les pierres utilisées dans la construction d’un pailler situé au lieu-dit San Martino.
A 250 m à vol d’oiseau de l’emplacement de l’église San Stefano, l’ancien cadastre mentionne un lieu-dit San Martino. De l’édifice dédié à ce saint, il ne reste que des pierres utilisées dans un pailler. Comme dans beaucoup d’autres exemples, la taille parfaite de ces blocs disposés dans l’encadrement de la porte et dans les angles se distinguent nettement des autres moellons. Le pailler est en bordure d’un espace récemment aplani sur lequel quelques pierres émergent encore, seuls vestiges de l’ancien édifice. Il faudrait pouvoir effectuer un sondage pour savoir si ces pierres sont en place.
La chapelle San Martino, dépendant de San Stefano, a été édifiée à un endroit particulièrement important. Non seulement elle se situait près de la voie reliant Corte à Monticello mais c’est aussi à cet endroit que se réunissaient les troupeaux pour partir vers les estives.
Cadastre, Speloncato, section D, feuille 2 dite du village, 1871
Deltour Ph., Levie Cl., Les édifices romans de la Corse, vol. 1, 2020, p. 112
Moracchini-Mazel G., Les églises romanes de Corse, 1967a, p. 236


Le tympan de la collégiale de Speloncato, daté du 12e siècle, provient en fait de l’église San Stefano de Giustiniani, village abandonné se situant vers la plaine. De l’église, il ne reste que quelques pierres réutilisées dans un pailler et une aire à blé qui pourrait peut-être recouvrir l’ancienne édifice
La collégiale San Michele est dotée d’un curieux tympan visible au-dessus de la porte centrale. Ce tympan fut placé là après avoir séjourné longtemps dans la crypte de la collégiale. Il présente un décor tout à fait original : deux animaux fantastiques y sont représentés. En haut, un oiseau avec une grande aigrette semble vouloir éviter l’attaque, toutes ailes déployées, d’un animal au puissant bec d’aigle à la queue dressée comme un fouet : combat entre deux animaux tout droit sortis du bestiaire médiéval. Ce tympan a malheureusement été restauré avec vigueur ce qui en a altéré le relief.
Ce thème se rapproche de celui évoqué sur deux bas-reliefs d’Aleria. Le premier est reproduit par Mérimée : un quadrupède ailé, la queue dressée, a saisi dans son bec la queue d’une bête à deux pattes et dotée de dents acérées. Le second est inclus dans le mur sud de l’église San Marcello : deux animaux opposés ou jumeaux. Ce sont les seuls exemples connus de ce type de représentation.
Le tympan datant sans doute du 12e siècle ornait à l’origine la chapelle San Stefano située dans l’ancien village de Giustiniani, en contrebas de l’actuel Speloncato. Il était intégré dans les murs d’un pailler construit d’ailleurs avec des blocs provenant aussi de la chapelle, de beaux blocs bien taillés et de couleur différente. À quelques mètres du pailler, on distingue des pierres formant un rond de 9,60 m de diamètre. Ce rond est bordé par un mur formé de pierres formant parement avec blocage intérieur. Ce mur, d’environ 0,50 m d’épaisseur, est interrompu par deux portes, selon un axe nord-est – sud-ouest. L’intérieur du rond présente un dallage régulier et bien plan. Parmi les pierres jonchant le sol, un bloc est orné d’un quadruple trait gravé. Un mur se profile à quelques mètres au Sud.
Ces vestiges sont difficiles à interpréter : est-ce une aire à blé construite avec les pierres de l’église San Stefano ? Mais alors pourquoi un mur bien construits et deux portes ? On constate que les aires à blé sont généralement entourées d’une rangée de pierres dressées, ce qui n’est pas le cas ici. Ou est-ce alors un ancien édifice à plan centré ? Un dégagement ou une fouille pourrait certainement apporter des éléments complémentaires permettant de mieux comprendre ce site.
Il n’existe qu’un seul exemple connu à ce jour d’édifice circulaire en Corse, San Leonardo à Corte. Ce dernier, situé dans la vallée du Tavignano, a conservé des murs délimitant un espace de 7 m de diamètre, deux portes (l’une à l’Est, l’autre à l’Ouest) et un sol recouvert de dalles. Deux autres édifices présentent un plan inhabituel car octogonal : les baptistères dédiés à San Leonardo, l’un à Pie d’Orezza mesure intérieure d’environ 9,50 m), l’autre à Perelli d’Alesani.
Le lieu-dit, dont il serait intéressant de connaître l’origine, a livré des témoignages d’une longue occupation : des vestiges de l’âge du bronze, puis d’anciens bains romains au lieu-dit Caldanica enfin une tour datée du Xe siècle et utilisée encore au XIVe siècle. Son nom, Justiniano apparaît dans des actes de donation notamment en 1101, ce qui prouve qu’il était bien occupé à cette époque [5].
Parmi les maisons du village abandonné, l’une d’elles au lieu-dit campana présente un linteau orné de plusieurs croix, est-ce une petite monachia ? On peut le supposer en considérant les croix gravées et le nom du lieu-dit campana (cloche) car à l’époque, seuls les moines avaient le droit de fabriquer les cloches.
Deltour Ph., Levie Cl., Les édifices romans de la Corse, vol. 1, 2020, p110-112
Merimée P;, Notes d’un voyage en Corse, 1840, p. 177
Michel Fr., Pasqualaggi M., Carte archéologique de la Gaule, Corse, 2014, p. 270
Moracchini-Mazel G., Les édifices romans de la Corse, 1967, p. 105; 236
Pistarino G., Le carte del monastero di San Venerio del Tino, 1944, p. 6, 15, 64
Internet
www.Elizabethpardon.hautetfort.com/griffon


Sur le site de San Giusto, deux paillers présentent dans leur maçonnerie des pierres de taille romane. Si l’un a manifestement été construit avec des pierres de remploi, le second pourrait être l’ancienne chapelle transformée en ruche.
Le lieu-dit San Giusto abrite aujourd’hui quelques paillers bâtis à proximité d’un petit ruisseau à 744 m d’altitude, en contrebas de la route reliant le col de Pruno à celui de Capanna.
Parmi les bâtisses, l’une d’elles est construite de beaux blocs assez grands bien taillés à angle droit assemblés sans beaucoup d’ordre. Si on retrouve la taille caractéristique des édifices romans, la disposition des blocs est très différente. À première vue, il s’agit donc d’un petit édifice reconstruit avec des blocs ayant appartenu à une chapelle romane sans doute dédiée à San Giusto comme le suggère la dénomination du lieu-dit. Certains blocs sont gris clair de texture un peu poreuse faisant penser à de la lave, d’autres sont de couleur beige rosé.
À l’intérieur, l’attention est attirée par une pierre sculptée présentant une échancrure en plein cintre soulignée par trois gorges concentriques en creux. Il s’agit sans aucun doute d’une archivolte de fenêtre.
Il est dangereux de s’aventurer à l’intérieur car le toit s’effondre mais G. Moracchini-Mazel a probablement visité ce pailler en meilleur état puisqu’elle a discerné les arases des murs latéraux nord et sud qui ont servi de fondations aux murs du pailler actuel. Ces éléments permettent, ajoute-t-elle, de déterminer que l’édifice devait avoir une largeur de 7,15 m et les murs une épaisseur de 0,77 m. Il ne reste aucun vestige ni du mur occidental, ni de l’abside semi-circulaire. D’autres éléments ont été remployés dans un second pailler dont la porte est encadrée par un linteau et des piédroits monolithes bien taillés. Dans la façade, on distingue aussi quelques claveaux mis au-dessus de la porte. Toutes ces pierres proviennent de l’édifice roman.
Dater San Giusto (saint-Juste) n’est pas une chose aisée car les éléments sont très fragmentaires. Geneviève Moracchini-Mazel, se basant sur le linteau de la fenêtre, suggère avec prudence la fin du 11e siècle.
Une autre chapelle romane, San Cesario, se localisait dans les environs d’après le plan cadastral de 1872. Il n’en resterait que des vestiges que nous n’avons pu aller voir.
Deltour Ph., Levie Cl., Les édifices romans de la Corse, vol. 1, 2020, p. 94-96
Moracchini-Mazel G., Les édifices romans de la Corse, 1967, p.239
Pardon E., Paysages aux figures absentes, dans Spazii zifrati Ostriconi & Guissani, 2022, p. 331


Il ne reste plus de l’église piévane du Guissani que des pierres réutilisées dans des maisons. L’élément le plus intéressant et le plus original est sans contexte un tympan sculpté présentant un homme et un serpent. Il est daté de la moitié du 10e siècle pour les uns, du 12e siècle pour d’autres.
La piévanie du Giussani s’étendait sur les hauteurs. Son église principale, San Giovanni Battista, était juchée sur une crête à une vingtaine de minutes de marche du village actuel. C’est d’ailleurs dans le village qu’on peut encore voir le beau tympan sculpté qui ornait une de ses portes. Dans la partie gauche de la composition, un homme est représenté complètement nu avec des jambes animées d’un mouvement de sautillement. Le visage est grossièrement évoqué : on distingue surtout deux fentes pour les yeux. Les bras sont levés et la main gauche est prise dans la gueule d’un quadrupède à la queue recourbée et dont les pattes avant semblent préserver la tête d’un serpent formant une boucle.
Les trois éléments, l’homme, le quadrupède et le serpent, sont disposés de façon à remplir entièrement l’espace disponible avec souplesse et dynamisme dans le trait. L’homme à l’attitude inhabituelle occupe la plus grande partie de la surface et est relié à l’animal lui faisant pendant. Le serpent, quant à lui, souligne la composition tout en remplissant le vide laissé au centre. Geneviève Moracchini-Mazel rapproche ce relief du tympan d’Adam et Ève de Valle di Rostino et propose de les dater de la seconde moitié du 10e siècle tandis que R. Coroneo opte pour le 12e siècle.
L’église elle-même se situait à l’est du hameau de Cappella sur un replat dominant la vallée de la Tartagine. Il ne reste aucun vestige du bâtiment au lieu-dit San Giovanni. Seules quelques tombes suggèrent la présence de l’église dont on retrouve une partie des matériaux dans un fenil à quelques dizaines de mètres de là. On distingue en effet aux angles de cette construction de beaux blocs de chaînage de couleur noire et, dans les murs, des dalles bien équarries ainsi qu’une archivolte taillée dans une pierre qui devait être rectangulaire au départ. L’échancrure en est soulignée par un bandeau plat. Dans les murets environnants, d’autres blocs se différencient des pierres brutes par leur taille et leur couleur noire. Ces pierres noires ne sont pas de la région et leur provenance reste inconnue à ce jour. Il y avait encore un buste d’homme en très haut relief heureusement photographié par G. Moracchini-Mazel. Ce buste (en très haut relief à supprimer) fait penser à celui retrouvé à la Tribuna de Prato di Giovellina et s’inscrit sans doute parmi les sculptures en haut relief comme à la Trinità d’Aregno ou San Michele de Murato. C’est aussi le cas d’un autre bloc dans lequel on pourrait reconnaître un lézard. Cet élément est encore visible dans la façade de l’albergo de Poveri à Cappella, entouré de quatre modillons dont deux ornés d’un visage. Dans d’autres maisons, ce sont les pierres bien taillées réutilisées pour l’encadrement de deux portes ou encore un modillon décoré de deux petits arcs. Des blocs pourraient encore apparaître dispersés dans les murets comme cette pierre portant une feuillure et provenant d’une porte. Tous ces éléments témoignent d’un édifice soigné et d’une certaine importance pour avoir des pierres ainsi taillées et sculptées. Il est donc très probable qu’elles proviennent de l’ancienne église San Giovanni Battista.
L’emplacement de cette église piévane peut s’expliquer par sa situation géographique : elle a été bâtie non loin d’une source et en bordure d’un passage obligé permettant l’accès à la Balagne.
Les seuls renseignements disponibles pour le moment nous sont fournis par les rapports des visites apostoliques. D’après le rapport de Mgr Girolamo Curlo, l’église était encore debout en 1616. Si les offices se déroulent plutôt à Mausoléo dans l’église San Salvadore, annexe de l’église piévane, les enterrements se font toujours autour de San Giovanni que Mgr Curlo décrit en ces termes : « L’église est distante d’un mille des habitations ; elle est assez vétuste. Elle a un tableau, avec ses nappes, la croix et un parement d’autel en cuir. Le Très Saint Sacrement n’est pas conservé ; baptistère et vases sacrés, mais dans l’église San Salvadore de Mausoléo, où quand il y a célébration, ils portent tous les ornements ». L’église San Salvadore de Mausoléo deviendra par la suite l’église piévane comme le mentionne le rapport de Mgr Spinola en 1686 : « l’église champêtre sous l’invocation de San Giovanni Battista, qui était anciennement église paroissiale, mais, pour la plus grande commodité du peuple, la paroisse a été transférée à l’église susdite de San Salvadore. Dans l’église il y a un autel, dépouillé et nu, mais il a été dit qu’on y célèbre parfois, et le second jour de Pâques, comme il se doit, avec tout le concours du peuple… ». On ne sait à quel moment San Giovanni, laissé sans doute progressivement à l’abandon, fut détruit et ses matériaux réutilisés.
Signalons, pour terminer, qu’un champ voisin de San Giovanni porte le nom de San Filippo. Aucun vestige apparent ne permet de préciser le lien éventuel qui pourrait avoir existé entre les deux lieux.
Michel Fr., Pasqualaggi M., Carte archéologique de la Gaule, Corse, 2014, p. 254
Coroneo R., Chiese romaniche della Corsica, architettura e scultura (XI-XII secolo), 2006, p. 120
Deltour Ph., Levie Cl., Les édifices romans de la Corse, vol. 1, 2020, p. 92-94
Franzini A., Belgodere de Bagnaja L., Les visites pastorales en Balagne entre les XVIe et XVIIIe siècles, 2020, p. 259,
Moracchini-Mazel G., Les édifices romans de la Corse, 1967, p. 52-53, 239


La découverte de la chapelle San Vincenzo est intéressante car elle témoigne de l’implantation du Christianisme dès la fin du 4e siècle selon les recherches de G. Moracchini-Mazel. Elle s’inscrit donc, en plus modeste, parmi les sites paléochrétiens comme Sagone, Mariana ou encore Bravone.
Entre Lozari et l’Île Rousse, les cartes actuelles mentionnent un lieu-dit dénommé San Vincenzo perpétuant ainsi le souvenir d’une ancienne chapelle dédiée à ce saint. Elle se situe pourtant plus au haut au lieu-dit Ravanacciu.
Il faudra la construction d’une villa au début des années 1970 pour retrouver les vestiges de cette chapelle citée dans un acte de 1381 mentionné par G. Moracchini-Mazel Situé sur la hauteur dominant la T 30, ce petit sanctuaire à nef unique est en partie à flanc de colline et les murs conservés sur presque tout le pourtour en dessinent le plan. Dès le premier abord, il ne semble pas homogène et porte les traces de remaniements. On remarque par exemple que la maçonnerie du côté oriental de l’abside n’est pas liée à celle du mur et que deux types d’appareillage ont été employés : des pierres grossièrement taillées sur la grande partie de l’édifice et des blocs équarris pour la partie occidentale. Dans l’abside même, une tombe rectangulaire perturbe le plan : non centrée et creusée dans le tuf, cette tombe était recouverte de tuiles.
Les murs conservés sur un bon mètre de haut et construits de pierres sommairement dégrossies sont hourdées à la chaux et le tout donne un aspect assez rustique. Le mur sud, mieux conservé, était scandé de trois bandes murales. À la base des murs, surtout de l’abside, on relève des traces d’un enduit blanc très dur. Seule la partie ouest présente des blocs bien taillés témoignant d’un allongement d’un petit mètre portant ainsi la longueur de la nef à 6,24 m. Au centre de ce mur, on peut encore voir le seuil de la porte qui était plus haut que le niveau de la nef. Quelques marches sans doute en bois permettaient l’accès à l’édifice qui était couvert non pas d’une charpente mais d’une voûte, la faible largeur de la nef, 3.80 m, permettant ce genre de couverture. L’amorce de cette voûte est visible dans le bloc écroulé et déposé un peu au Nord.
Les quelques sondages entrepris lors de la consolidation suggèrent une histoire plus complexe que ne le supposait une première analyse. En effet, des arases de murs ont été découverts à plusieurs endroits : l’abside outrepassée repose sur le mur d’une abside antérieure plus arrondie et le mur oriental quant à lui a pour fondement l’un des murs d’une petite construction presque carrée. Deux dallages ont été décelés dans la nef : l’un est fait de pierres assez grosses et placées rapidement, l’autre, situé 40 cm plus bas, est de terre battue recouvrant des pierres disposées en épi grossier (ou hérisson). C’est à ce niveau que sont apparues les traces de la première façade.
On pourrait reconstituer l’histoire du site suivant les séquences suivantes reprises du rapport des travaux publiés dans les Cahiers Corsica : sur un petit mausolée abritant une tombe (située sous le niveau de la première nef) eut lieu la construction, sans doute à la fin du 4e siècle, d’une abside transformant l’édifice païen en chapelle chrétienne. Plus tard, vers le Ve siècle, la chapelle est reconstruite et les murs dotés de bandes murales. Suite à l’effondrement de l’abside (?), on la reconstruit en lui donnant la forme actuelle. Enfin, peut-être à la fin du 10e siècle, l’édifice est allongé et la partie occidentale reconstruite avec les blocs bien équarris. Abandonnée anciennement (à cause des invasions barbaresques du 16e siècle ?), la chapelle servit de bâtiment rural.
Notons encore un fait particulier : l’édifice est construit sur une source dont l’eau filtre sous le mur sud, ce qui a obligé les bâtisseurs à construire une rigole.
Aucun texte ne vient éclairer les données de l’archéologie car l’unique mention est celle du lieu-dit dans le cartulaire de l’abbaye de Venerio del Tino.
Abbayes primitives en Corse, VII, in Cahier Corsica, 1983, n°100-101-102, p. 85-96
Deltour Ph., Levie Cl., Les édifices romans de la Corse, vol. 1, 2020, p. 90-91
Istria D., Pouvoirs et fortifications dans le nord de la Corse, 2005, p. 113 : un des plus petits sanctuaires
Michel Fr., Pasqualaggi M., Carte archéologique de la Gaule, Corse, 2014, p. 252
Moracchini-Mazel G., Les édifices romans de la Corse, 1967, p. 236
Moracchini-Mazel G., Corsica Sacra, 2004, p.140


L’origine de l’ancien village de Cruschini remonte aux environs de la fin du 9e– début du 10e siècle et son abandon fut constaté par Mgr Marliani en 1646. Les vestiges de son église, consacrée à San Cosmo e San Damiano, ont été dégagés dernièrement.
Caché de Novella par un repli de la chaîne montagneuse, le lieu-dit Cruschini abrite un village déserté aujourd’hui et traversé par la voie ferrée reliant Calvi à Ponte Leccia. Lors de la construction du tunnel au 19e siècle, la légende d’un trésor enfoui dans un sac a incité les ouvriers à remuer sol et bâtiments, accentuant encore la dégradation des maisons et surtout de son église.
Le village se dressait entre 300 et 400 m d’altitude en contrebas du col de San Colombano, occupant une position centrale dans l’Ostriconi entre Palasca et Novella. Le lieu est paisible et agréable : les terres sont propices à la culture et à l’élevage, l’eau y coulant en abondance.
Les maisons dispersées sur le versant sont dominées par une bâtisse fortifiée et une tour contrôlant l’ensemble des terres. L’église, située 200 m plus bas, est dédiée aux saints Côme et Damien. Aujourd’hui réduite à l’état de ruines, elle existait toujours au 17e siècle selon les différents rapports. Lors de sa visite du 8 juin 1576, Le vicaire général Pompeo Rocchi, mandaté par l’évêque de Mariana et Accia Battista Centurione, demande au prêtre Garello de tenir un registre où seront notés tous les mariages avec indication des noms et prénoms, de faire réparer le calice, de le doter d’un purificatoire (linge servant à essuyer le calice après la communion) et recommande aux femmes de ne plus continuer le rite des pleureuses et aux hommes de ne pas porter des armes dans l’église. Celle-ci est encore mentionnée en 1616 par Mgr Curlo qui la visita et le tableau qu’il en donne n’est guère réjouissant : « l’autel est extrêmement indécent, le confessionnal n’est pas à la norme requise ; la cuve où l’on baptise est extrêmement ignoble. Le toit prend la pluie, aussi l’église est-elle pleine d’eau ».
Trente ans plus tard, Mgr Marliani constate que l’église est abandonnée mais bien couverte et entretenue car la population, bien que partie à Palasca et Novella, y revient régulièrement. Le village fut en effet déserté en 1643 et seul le curé resta encore quelques années après le départ des derniers habitants. On ne connaît pas la cause de cet abandon. La légende parle d’une invasion de fourmis rouges mais rien ne permet de retenir cette hypothèse. La tradition orale rapporte que les barbaresques étaient coiffés d’un couvre-chef avec une crête rouge. Il pourrait donc s’agir d’une transposition : la cause de l’abandon ne serait pas les fourmis mais les raids incessants, ce qui pourrait expliquer l’abandon progressif et les mouvements de populations vers les villages de Palasca, Novella et même de Costa.
Les ruines de la chapelle entourée d’oliviers dépassent à peine la déclivité du terrain. Son emplacement est surtout signalé par les pierres entassées à l’extérieur de l’édifice lors du dégagement. La nef unique, orientée vers l’Est, n’est conservée que sur une, deux ou rarement trois assises composées de blocs de granit gris bien équarris et de taille moyenne. Quelques blocs plus importants subsistent aux angles. La nef unique, de 6,80 m sur 4,20 m, se termine par une abside semi-circulaire dont l’arc triomphal devait reposer sur deux grandes pierres dressées. L’abside elle-même repose sur un soubassement de petites pierres irrégulières soutenant des blocs bien réguliers. La taille de ceux-ci et leur agencement incitent G. Moracchini-Mazel à proposer une datation de la fin du 10e– début du 11e siècle avec peut-être deux périodes de construction suite à une éventuelle destruction. Le sol de la nef se situant en contrebas, trois marches ont été construites en arc de cercle dans le côté occidental présentant la seule porte de l’édifice. Deux banquettes étaient disposées le long des murs nord et sud. L’autel, seul élément liturgique retrouvé, se dressait à l’aplomb de l’abside.
La chapelle était sans doute recouverte de teghie (ou lauzes) car de très nombreux débris jonchent le sol.
Dégagée et consolidée en 2009, la chapelle revit chaque année le 25 juillet pour une célébration en l’honneur des deux saints patrons. Légèrement plus bas, les vestiges d’une petite habitation pourraient être les restes de la maison du desservant.
Deltour Ph., Levie Cl., Les édifices romans de la Corse, vol. 1, 2020, p. 86-88
Franzini A., Belgodere de Bagnaja L., Les visites pastorales en Balagne entre les XVIe et XVIIIe siècles, 2020, p. 209
Moracchini-Mazel G., Les édifices romans de la Corse, 1967, p. 234
Orabona A-M., Guerrini P., Massiani S., Cruschini, Terra Memoria, 2013, chapelle p. 123 et suivantes


L’emplacement de l’église piévane San Pietro di Lioli a été retrouvé dans les années 1970 par l’Association archéologique de Balagne.
Située dans une propriété privée, l’église se dessine encore avec ses installtions liturgiques : autel, chancel et cuve baptismale.
La commune de Calenzana, très étendue, recèle les vestiges presque totalement oubliés d’une ancienne église piévane dont le nom n’est pas repris dans la liste des pieve mentionnées par Mgr Giustiniani (1531). Le titre de cette pieve apparaît pourtant dans un registre de 1537 d’actes notariés de la confrérie de Saint-Antoine de Moncale mentionnant Prete Bartolomeo pievano di Lioli e Paratell . Le lieu-dit Paradella apparaît encore aujourd’hui dans le nom d’un camping près du hameau de Suare.
L’église se dressait sur un plateau compris entre deux ruisseaux, le Lioli et l’Acqua Viva, ayant en arrière-fond le cirque de montagne recouvert vers l’Ouest par la forêt de Bonifatu. Bien que dégagés et fouillés en 1970-1973 par l’Association archéologique de Balagne , les vestiges sont aujourd’hui recouverts par la végétation mais un rapide dégagement avec l’autorisation du propriétaire a fait réapparaître clairement le tracé de l’édifice à nef unique de 8,60 m de long sur 5,99 m de large dont les murs sont conservés sur une hauteur variant de 1,50 m à 2 m. Orientée légèrement vers le Nord-Est, l’abside semi-circulaire repose, comme les autres murs, sur un soubassement fait de petites pierres peu taillées. Ce soubassement est légèrement plus large que les murs eux-mêmes. L’appareillage de ceux-ci est composé à l’extérieur de belles dalles montées à joint vif tandis qu’à l’intérieur de l’édifice les blocs sont plus petits avec un blocage des pierres et de terra rossa.
Deux portes donnent accès à la nef en très net contrebas par rapport au niveau du sol extérieur. La porte principale, située dans la façade, a conservé sa pierre de seuil marquée du côté sud par le gond de la porte. Quelques marches devaient conduire à l’intérieur de la nef. Une autre porte, plus étroite (environ 0,70 m), se dessine dans le mur sud. Celle-ci a dû être obturée lors de la construction de la clôture de chœur dont le développement nord est très bien conservé ainsi que le seuil du passage permettant l’accès à l’autel ; de l’extension sud, il ne reste qu’une assise de fondation. L’autel, légèrement décentré, est fait de trois dalles de granit dressées, la partie antérieure étant fermée de dalles soigneusement appareillées. La table d’autel brisée en six morceaux a été replacée et atteint 1,15 m de longueur sur 0,65 m de large pour une épaisseur de 0,16 m. Il est apparu lors des travaux de dégagement que l’autel reposait sur un sol fait de solide et fin mortier de tuileaux rose dans lequel se profilait les traces d’un massif de maçonnerie, empreinte d’un autel précédent. Toujours dans l’abside, seize claveaux de l’arc absidial ont été identifiés : soigneusement taillés, ils sont soit en tuffeau, soit en granit à grains très fins offrant ainsi des teintes différentes. D’après les études de G. Moracchini-Mazel, ce type d’arc offrant une polychromie serait à situer par comparaison vers le milieu du 11e siècle ; pour assurer leur sauvegarde, ces claveaux ont été maçonnés dans l’angle nord-est de la clôture de chœur. L’édifice comportait au minimum une fenêtre car un fragment d’archivolte a été retrouvé dans les déblais de l’abside.
La cuve baptismale, découverte dans la partie sud-ouest de la nef, est ronde : deux des longues pierres de section circulaire étaient encore en place, deux autres légèrement déplacées ; ces dalles laissent un rebord formant une sorte d’emmarchement. La consolidation effectuée montre une cuve de 0,80 cm d’ouverture pour une profondeur de 0,47 m.
Le sol de la nef était constitué d’une mince couche de terre battue uniformément recouverte d’une couche de cendres noires, ce qui laisse supposer l’existence d’une charpente sans doute recouverte de tuiles car de nombreux fragments étaient mêlés aux éboulis de pierre.
À la lumière des découvertes (deux sols différents, deux autels, porte sud obturée), on peut déduire que l’édifice a connu au moins deux périodes de construction ou de remaniement. Si la seconde pourrait se situer au milieu du 11e siècle, il est difficile de préciser l’époque de la première. Étant donné le grand nombre de fragments de tuiles, G. Moracchini-Mazel serait tentée de penser que la première construction pourrait remonter à l’époque paléochrétienne et aurait succédé à une villa de l’antiquité tardive.
Deltour Ph., Levie Cl., Les édifices romans de la Corse, vol. 1, 2020, p. 39-41
Les églises piévanes de Corse, II, in Cahier Corsica, 1974, n° 36, p. 19-24
Moracchini-Mazel G., 1967, p. 280 ; 2004 p. 234


La chapelle San Paolo semble avoir traversé le temps car seule une chapelle latérale vient en perturber le plan initial. Construite de petites pierres, elle pourrait dater du 9e siècle.
Toute blanche et située sur une plate-forme dominant la vallée de la Meria, la chapelle San Paolo se voit de loin et semble avoir traversé le temps sans trop d’avatars. Elle étonne par son mode de construction : de petites pierres savamment disposées en assises horizontales. Une restauration récente permet d’en déceler les détails : l’abside semi-circulaire, orientée vers l’Est, est percée au centre d’une étroite fenêtre ébrasée surmontée d’une archivolte échancrée en plein cintre ornée d’un trait gravé soulignant la courbure de l’arc. Les montants de la fenêtre sont marqués par des blocs plus importants disposés en alternance. La croix en creux ornant le fronton oriental a été obturé alors qu’elle est toujours visible dans le pignon occidental.
Si les murs sont appareillés de pierres de petites dimensions, les angles sont formés de blocs équarris plus grands disposés alternativement de chant et en longueur.
Deux portes donnent accès à une nef unique de 12,22 m pour un largeur de 4,77 m pour une hauteur des murs de 4,50 m. La ^porte occidentale est la plus intéressante : elle est bordée de grandes dalles monolithes (dont l’une mesure 1,94 m de haut, c’est-à-dire presque l’entièreté de la hauteur) et surmontée d’un arc de décharge à 123 claveaux de teintes variées reposant sur un linteau monolithe. Le tympan a été ajouré et est, aujourd’hui, fermé par un grillage. La porte nord est plus simple.
Sur le côté sud, une chapelle latérale construite tardivement déborde vers l’extérieur. Les murs en sont crépis en blanc.
Devant le choeur se dresse un autel recouvert de stuc peint suivant la technique du stucco lustro réalisé en 1715
L’appareillage de San Paolo se rapproche de celui de Santa Maria Assunta de Pie d’Orezza et pourrait dater du 9e siècle.
En bordure du plateau vers l’Est, se dessinent les vestiges d’une habitation sans doute à mettre en relation avec la chapelle
Cet édifice est mentionné ainsi que la chapelle San Martino d’Aquafrigida située un peu plus loin, dans deux documents : la bulle d’Innocent IV en 1251 et dans celle de Paul III en 1538.
Dans un acte de 1567, les Chartreux nomment un curé à l’église San Paolo de Meria. Par contre Mgr Marliani en 1646, ne fait pas mention de l’appartenance aux Chartreux. Il mentionne que cette église a deux autels, l’un dédié à San Paolo, l’autre à la Madonna delle Grazie et que les habitants lui préfèrent l’église San Rocco plus proches. Le village s’est, en effet, développé de l’autre côté de la vallée.
Deltour Ph., Levie Cl., Les édifices romans de la Corse, vol. 1, 2020, p.
Meria, Inventaire du Patrimoine, Petre Scritte, 2020, p. 38-40
Michel F., Pasqualaggi D., Carte archéologique de la Gaule, la Corse, 2013, p. 248
Moracchini-Mazel G., Les églises romanes de Corse, 1967, t.2 p. 211, 428
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