Vero : San Giovanni Battista – Prtps 2017

 

L’église de la piévanie de Celavo, déjà détruite au 16e siècle, était tombée dans l’oubli. Il a fallu un incendie en 1968 pour que des pierres sculptées attirent l’attention ce qui entraina des fouilles. Peu à peu, les arrases des murs furent mises au jour dessinant ainsi une grande église.

Situation géographiqueImprimer

Village:
Vero
Chapelle:
Giovanni Battista
Pieve:
Celavo
Diocèse:
Ajaccio

Coordonnées Google Earth:
42°03'02.8"N 8°55'52.5"E
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Coordonées GPS:
42°03.046’N 008°55.875’E
Altitude:
260 m

Carte IGN:
Monte Renoso 4252 OT, point marqué Saint Jean Egl. Ruinée

Accessibilité:
Sur la T20 au hameau de Squarcione, prendre un chemin qui part à droite de l’ancienne gendarmerie (abandonnée) ; une cinquantaine de mètres plus loin, monter sur la gauche par un sentier qui entre dans le sous-bois ; une ancienne tombe est construite dans l’angle sud-est 

Modalités de visite:
propriété privée

Datation:
11e siècle
Dimensions:
17 m environ sur 8, 20 m

Classement monument historique:
-
23/11/2020:
20/04/2017 guidés par MM. Lunardi et Cristofani (mairie de Vero)

Galerie

Historique et description

On  avait perdu la trace de l’église San Giovanni Battista, même si quelques pierres avaient été repérées ça et là, mais suite au violent incendie de 1968 qui ravagea la parcelle dite la Calonica (pas de doute une déformation de Canonica), des pierres sculptées attirèrent l’attention. Il s’agissait d’archivoltes ornées de traits concentriques et d’un élément de corniche en granit gris ou jaune, élément appartenant sans aucun doute à un édifice roman.  Le nom du lieu et les éléments retrouvés incitèrent à des recherches complémentaires.

C’est ainsi que commença l’année suivante un démaquisage pris en charge par la collectivité locale : marins et gendarmes de la base d’Aspreto, scouts et ouvriers, tous collaborèrent à ce lourd travail pour éradiquer un maquis vieux de 200 ans. C’est en 1971 qu’a pu commencer la recherche de l’arase de l’ancien édifice qui avait été systématiquement dépouillé de ses pierres pour diverses constructions, notamment celle de l’ancienne gendarmerie aujourd’hui abandonnée. On raconte que celle-ci fut incendiée trois fois en deux siècles et était considérée comme maudite parce que construite avec les pierres d’un édifice religieux. Les incendies successifs étaient interprétés comme un signe du courroux du ciel.

Mgr Mascardi, visiteur apostolique du pape Sixte V, visita l’église le 26 mai 1587 et la trouva déjà en bien mauvais état : « L’église paroissiale de la pieve appelée Celavo sous le titre de San Giovanni Battista, est située au pied de la montagne près du fleuve, dans un lieu champêtre distant du village de Vero et des habitants de plusieurs milles. Elle est assez difficile d’accès. Aujourd’hui, elle est détruite et sans toit. Il y a deux ans que cette ruine s’est produite. L’église est assez spacieuse et vaste. On y célébrait avant qu’elle ne se ruine et on y administrait les sacrements. C’est la violence du vent et non la vétusté qui en fut la cause. À cause de tout cela, les hommes de Vero ont construit un oratoire près des maisons ces dernières années. Les morts de Vero (15 feux et 60 âmes) et Tavaco (idem) sont inhumés dans le cimetière qui l’entoure. Les habitants disent que cette église ainsi que le cimetière sont de la plus haute antiquité, cependant rien apparemment ne le prouve ».
L’année suivante, Mgr Jules Giustiniani fit transférer le siège de la piévanie à Tavera, ce qui provoqua des réactions des habitants de Vero mais sans succès. C’est peut-être à partir de cette époque que l’église fut délaissée.

Les fouilles, menées par l’Association Archéologique du Celavo, l’ont fait revivre mais pour une courte période car, à notre passage en 2017, la végétation a repris ses droits et recouvre avec vigueur les vestiges archéologiques au point de les rendre inaccessibles. Il faut constater que les sites fouillés et non-entretenus sont rapidement envahis d’une végétation particulièrement dense au point de tout masquer en une dizaine d’années. C’est d’ailleurs dans cet état que nous avons trouvé les ruines et n’avons pas pu accéder à la partie occidentale complètement impraticable. Une tombe construite dans l’angle sud-est etentourée d’une grille en fer forgé est un bon point de repère.

Nous nous baserons donc sur le rapport publié dans les Cahiers Corsica  et nous y intégrerons les photos des fouilles pratiquées en 1969 pour l’abside et en 1970-71 pour le reste de l’édifice et les quelques photos prises difficilement sur place illustrant bien la reprise du maquis près de 50 ans plus tard.
L’édifice était assez grand, 17 m environ sur 8, 20 m, et se terminait, à l’Est, par une abside très large (9,02 m à l’extérieur). Deux portes y donnaient accès : l’une à l’Ouest, l’autre au Nord. L’abside, dont la base est soulignée par une moulure en biseau, était ornée d’une frise de petits arcs reposant sur des modillons.
Les morceaux retrouvés permettent de reconstituer trois arcs en plein cintre taillés de façon différente dans un schiste vert sombre ou dans un granit gris. Il devait y avoir seize arcs au total reposant sur des modillons dont les quelques exemplaires dégagés sont sculptés : lignes parallèles, tête de bélier ou encore tête de taurillon (retrouvée cassée).
Des morceaux de céramique semblent indiquer qu’il y avait peut-être des bols polychromes incrustés dans les corniches. En effet, les fragments trouvés sur place ont permis d’en reconstituer un exemplaire.
Toujours à l’extérieur, l’angle nord-est présente un léger contrefort et une moulure en biseau qui se prolonge sur le mur latéral.

À l’intérieur de l’abside, le maître-autel a disparu mais l’emmarchement qui le précède est intact (trois marches).
De part et d’autre de l’autel central, étaient disposés deux petits autels latéraux. La présence de trois autels est normale dans une église piévane et on peut imaginer leurs vocables respectifs : San Giovanni Battista (vocable qui a survécu), Santa Maria et un troisième inconnu. L’espace correspondant au chœur était entouré de banquettes sur trois côtés. De  l’arc triomphal, quinze claveaux ont été retrouvés : les uns en schiste de couleur sombre, les autres en granit jaune ou gris devaient former un arc polychrome. Le claveau central présente une croix en brique rouge incrustée. Ce type de décor se retrouve à Carbini mais sur le mur extérieur. La nef était divisée en deux parties inégales par une clôture de chœur interrompue au centre par un passage.

Quelques découvertes intriguent et restent énigmatiques : la présence d’une cavité circulaire creusée dans un bloc disposé dans le bas de l’autel latéral sud et celle d’un bloc de granit cylindrique creusé en son centre. Ce dernier bloc, solidement implanté dans le sol, aurait-il servi à maintenir la hampe d’un étendard ?

Il faut noter aussi deux éléments circulaires qui étaient situés dans l’axe médian de l’édifice, de part et d’autre de la clôture de chœur. Ils font penser à des colonnes car ils sont constitués de blocs de granit taillés présentant une courbure parfaite pour obtenir un diamètre de 1,08 m (chœur) et 1,11 m (nef).  Ils se remarquent par la grossièreté de l’assemblage qui est hourdé en terra rossa tout comme les murs, les autels latéraux, l’emmarchement du maître-autel et la clôture de chœur, ce qui semble indiquer une contemporanéité de construction.
Le sol de l’édifice était en terre battue.
G. Moracchini-Mazel propose de situer cet édifice dans le courant de la seconde moitié du 11e siècle en se basant sur les comparaisons suivantes : les motifs des modillons tout en étant semblables à ceux de Carbini s’en différencient par leur rusticité qui, associée à la présence de terra rossa, pourrait être une preuve d’archaïsme. Le décor des archivoltes retrouvées après l’incendie est fait de traits concentriques tout comme à Paomia et à Sari d’Orcino. Comme à la Tribuna de Prato di Giovellina et surtout à San Giovanni d’Armito, les trous de charpente résultant de l’écartement des blocs et non de l’entaille de ceux-ci, incitent à une datation avant le 12Ie siècle. Autre point de similitude avec Armito, le léger contrefort encore visible dans l’angle nord-est.

Si l’église piévane du 11e siècle est sortie de l’oubli (et mériterait de ne pas y retomber), aucune trace d’un édifice antérieur n’a été décelée.

Bibliographie

Deltour Ph., Levie Cl., Les édifices romans de la Corse, vol. 1, 2020, p. 176-179
Les églises piévanes de Corse,
I, in Cahier Corsica, 1972, n° 21, p. 2-16 ; Les monuments et œuvres d’art de la Corse, Le canton de Celavo-Mezzana, in Cahier Corsica, 1977, n°73-74, p. 11-12
Michel Fr., Pasqualaggi M., Carte archéologique de la Gaule, Corse, 2014, p. 135
Moracchini-Mazel G., Les édifices romans de la Corse, 1967, p. 368
Viallon M, Nicolas Chr., La visite apostolique de Nicolo Mascardi dans le diocèse d’Ajaccio, 2022, vol. 2, p. 850 et suiv.