

De loin, la maison qui se dresse un peu à l’écart du village ressemble à beaucoup d’autres. Et pourtant en s’approchant, on découvre que ses murs contiennent des pierres parfaitement taillées avec notamment un linteau en bâtière et une archivolte. Autant de vestiges de l’église piévane San Pietro.
Un peu à l’écart de l’actuelle Canavaggia se situe le lieu-dit Pieve dominant la vallée de la Navaccia et de l’Asco. À cet endroit une maison isolée et couverte d’un toit de tuiles attire l’attention : surplombant des belles planches (ou terrasses) maintenues par des murs de soutènement imposants, elle renferme de nombreux éléments attestant du remploi d’un édifice roman. Le mur occidental par exemple englobe manifestement en partie la façade de l’église construite de blocs moyens bien appareillés. L’appareillage est caractéristique des édifices médiévaux et les chaînages de larges pierres alternent avec des assises plus minces. L’édifice actuel accuse une orientation SE-NO.
Les dalles de granit et de schiste offrent une gamme de couleurs variant du rose au gris ou au vert. Le mur actuel présente de nombreuses traces de remaniements, notamment deux fenêtres à l’étage, mais la porte a conservé son imposant linteau monolithe en bâtière et l’encadrement est marqué par un joli jeu de blocs disposés horizontalement avec une alternance de petites pierres minces.
Ça et là apparaissent dans les murs de la maison des éléments de remploi comme une archivolte de forme rectangulaire échancrée en arc semi-circulaire. À la base d’un autre mur, ce sont des claveaux remontés pour former une petite arche ; ces claveaux de petites tailles présentent des tonalités différentes. À l’angle nord-ouest, un gros bloc de chaînage est entaillé d’une cavité, exactement comme à San Marcello de Meria.
Seule la façade occidentale témoigne de l’ancien édifice, tout le reste a disparu au point que même la mémoire locale a perdu le souvenir de cet ancien édifice que Mgr Marliani décrit en 1646 comme l’église piévane de Moltifao, Castifao, Asco, Sepola, Pedano, Pietralba et Canavaggia. À cette époque, elle était déjà totalement détruite.
Selon G. Moracchini-Mazel cette ancienne église piévane, construite sur un site antique, serait à dater de la fin du 10e-début 11e siècle. Sa situation est remarquable. On l’aperçoit d’ailleurs depuis la T30 car il est isolé et son toit de tuiles rouges tranche sur la verdure de la montagne.
Si la toponymie a gardé le titre de Pieve, elle ne fait pas mention du vocable. Ce dernier est mentionné par Mgr Marliani qui en 1646 écrit que la piève de Caccia, dont l’église dédiée à San Pietro est toute détruite, comprenait sept paroisses dont Moltifao, Castifao, Asco, Sepola, Pedano, Pietralba et Canavaggia.
Deltour Ph., Levie Cl., Les édifices romans de la Corse, vol. 1, 2020, p. 260-261
Michel Fr., Pasqualaggi M., Carte archéologique de la Gaule, Corse, 2014, p. 206
Moracchini-Mazel G., Les édifices romans de la Corse, 1967, p. 222-223
Moracchini-Mazel G., Corsica Sacra, 2004, p. 23