Olmi-Cappella : Giovanni Battista

Il ne reste plus de l’église piévane du Guissani que des pierres réutilisées dans des maisons. L’élément le plus intéressant et le plus original est sans contexte un tympan sculpté présentant un homme et un serpent. Il est daté de la moitié du 10e siècle pour les uns, du 12e siècle pour d’autres.

Situation géographiqueImprimer

Village:
Olmi-Cappella
Chapelle:
Giovanni Battista
Pieve:
Giussani
Diocèse:
Mariana

Coordonnées Google Earth:
42°31'15.28"N 8°59'10.11"E
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Coordonées GPS:
42°31.254’N 9°01.546’E
Altitude:
798 m

Carte IGN:
L’Île-Rousse 4249 OT, lieu-dit San Giovanni au sud-est de Cappella et au nord-est de la zone marquée San Giovanni 

Accessibilité:
à partir de la base des pompiers à Cappella (dans un virage serré après Cappella vers la Bocca a Croce) prendre un sentier bordé de murets sur la droite descendre en suivant la ligne des arbres ; l’emplacement de l’église serait à 100 m au nord-ouest du fenil construit en partie avec des pierres de San Giovanni

Modalités de visite:
accessible

Datation:
fondation seconde moitié 10e, 12e siècle
Dimensions:
pierres récupérées dans un fenil et murs environnants

23/11/2020:
01/06/2018 guidés par Santu Massiani

Galerie

Historique et description

La piévanie du Giussani s’étendait sur les hauteurs. Son église principale, San Giovanni Battista, était juchée sur une crête à une vingtaine de minutes de marche du village actuel. C’est d’ailleurs dans le village qu’on peut encore voir le beau tympan sculpté qui ornait une de ses portes. Dans la partie gauche de la composition, un homme est représenté complètement nu avec des jambes animées d’un mouvement de sautillement. Le visage est grossièrement évoqué : on distingue surtout deux fentes pour les yeux. Les bras sont levés et la main gauche est prise dans la gueule d’un quadrupède à la queue recourbée et dont les pattes avant semblent préserver la tête d’un serpent formant une boucle.
Les trois éléments, l’homme, le quadrupède et le serpent, sont disposés de façon à remplir entièrement l’espace disponible avec souplesse et dynamisme dans le trait. L’homme à l’attitude inhabituelle occupe la plus grande partie de la surface et est relié à l’animal lui faisant pendant. Le serpent, quant à lui, souligne la composition tout en remplissant le vide laissé au centre. Geneviève Moracchini-Mazel rapproche ce relief du tympan d’Adam et Ève de Valle di Rostino et propose de les dater de la seconde moitié du 10e siècle tandis que R. Coroneo opte pour le 12e siècle.

L’église elle-même se situait à l’est du hameau de Cappella sur un replat dominant la vallée de la Tartagine. Il ne reste aucun vestige du bâtiment au lieu-dit San Giovanni. Seules  quelques  tombes suggèrent la présence de l’église dont on retrouve une partie des matériaux dans un fenil à quelques dizaines de mètres de là. On distingue en effet aux angles de cette construction de beaux blocs de chaînage de couleur noire et, dans les murs, des dalles bien équarries ainsi qu’une archivolte taillée dans une pierre qui devait être rectangulaire au départ. L’échancrure en est soulignée par un bandeau plat. Dans les murets environnants, d’autres blocs se différencient des pierres brutes par leur taille et leur couleur noire. Ces pierres noires ne sont pas de la région et leur provenance reste inconnue à ce jour. Il y avait encore un buste d’homme en très haut relief heureusement photographié par G. Moracchini-Mazel. Ce buste (en très haut relief  à supprimer) fait penser à celui retrouvé à la Tribuna de Prato di Giovellina et s’inscrit sans doute parmi les sculptures en haut relief comme à la Trinità d’Aregno ou San Michele de Murato. C’est aussi le cas d’un autre bloc dans lequel on pourrait reconnaître un lézard. Cet élément est encore visible dans la façade de l’albergo de Poveri à Cappella, entouré de quatre modillons dont deux ornés d’un visage. Dans d’autres maisons, ce sont les pierres bien taillées réutilisées pour l’encadrement de deux portes ou encore un modillon décoré de deux petits arcs. Des blocs pourraient encore apparaître dispersés dans les murets comme cette pierre portant une feuillure et provenant d’une porte. Tous ces éléments témoignent d’un édifice soigné et d’une certaine importance pour avoir des pierres ainsi taillées et sculptées. Il est donc très probable qu’elles proviennent de l’ancienne église San Giovanni Battista.

L’emplacement de cette église piévane peut s’expliquer par sa situation géographique : elle a été bâtie non loin d’une source et en bordure d’un passage obligé permettant l’accès à la Balagne.

Les seuls renseignements disponibles pour le moment nous sont fournis par les rapports des visites apostoliques. D’après le rapport de Mgr Girolamo Curlo, l’église était encore debout en 1616. Si les offices se déroulent plutôt à Mausoléo dans l’église San Salvadore, annexe de l’église piévane, les enterrements se font toujours autour de San Giovanni que Mgr Curlo décrit en ces termes : « L’église est distante d’un mille des habitations ; elle est assez vétuste. Elle a un tableau, avec ses nappes, la croix et un parement d’autel en cuir. Le Très Saint Sacrement n’est pas conservé ; baptistère et vases sacrés, mais dans l’église  San Salvadore de Mausoléo, où quand il y a célébration, ils portent tous les ornements ». L’église San Salvadore de Mausoléo deviendra par la suite l’église piévane comme le mentionne le rapport de Mgr Spinola en 1686 : « l’église champêtre sous l’invocation de San Giovanni Battista, qui était anciennement église paroissiale, mais, pour la plus grande commodité du peuple, la paroisse a été transférée à l’église susdite de San Salvadore. Dans l’église il y a un autel, dépouillé et nu, mais il a été dit qu’on y célèbre parfois, et le second jour de Pâques, comme il se doit, avec tout le concours du peuple… ».  On ne sait à quel moment San Giovanni, laissé sans doute progressivement à l’abandon, fut détruit et ses matériaux réutilisés.

Signalons, pour terminer, qu’un champ voisin de San Giovanni porte le nom de San Filippo. Aucun vestige apparent ne permet de préciser le lien éventuel qui pourrait avoir existé entre les deux lieux.

 

 

 

 

 

Bibliographie

Michel Fr., Pasqualaggi M., Carte archéologique de la Gaule, Corse, 2014, p. 254
Coroneo R., Chiese romaniche della Corsica, architettura e scultura (XI-XII secolo), 2006, p. 120
Deltour Ph., Levie Cl., Les édifices romans de la Corse, vol. 1, 2020, p. 92-94
Franzini A., Belgodere de Bagnaja L., Les visites pastorales en Balagne entre les XVIe et XVIIIe siècles, 2020, p. 259,
Moracchini-Mazel G., Les édifices romans de la Corse, 1967, p. 52-53, 239