

Les ruines de San Nicolao émergent avec peine du maquis malgré les 4 m de haut de l’angle Nord-Ouest. L’histoire de cet édifice appartenant à l’abbaye de San Venerio del Tino, comme Sant’Ambrogio toute proche, est éclairée par des textes, fait assez exceptionnel.
Les ruines de San Nicolao di Spano se dressent sur une éminence dominant la plaine de l’Olmo menant à la marina de San Ambrogio, à quelques centaines de mètres en léger contrebas de la route nationale reliant Lumio à Ile Rousse.
Un mur de près de 4 m de haut émerge avec peine d’une végétation assez dense. Il s’agit de l’angle Nord-Ouest de l’ancienne chapelle dont le plan est clairement défini par les autres murs conservés sur deux petits mètres de haut. La nef unique, d’une longueur de 7,14 m pour une largeur de 4,76 m, se termine par une abside semi-circulaire au centre de laquelle se dresse un autel de 1,80 m x 0,80 m. Le mur occidental est animé par un pilastre dont les blocs de granit superbement bien taillés sont de couleur jaune qui prennent au soleil couchant des teintes ocre très douces. Un bloc décoré d’une arcature a été placé bien en évidence, remploi manifeste d’un état antérieur. L’abside présente un appareillage composé d’une alternance d’assises hautes et minces datable de la fin du 11e siècle pour G. Moracchini-Mazel qui, lors des travaux de consolidation effectués en 1973, remarqua que l’abside reposait sur un mur arasé. Ce mur est composé de petites pierres assez régulièrement disposées mais d’une taille différente pouvant dater du milieu du 10e siècle ainsi que d’autres petits éléments en calcaire blancs retrouvés dans l’épaisseur des murs.
L’édifice de la fin du 11e siècle connut des remaniements. On constate, en effet, dans les angles et dans la nef la présence de piliers construits sans connexion avec les murs extérieurs. Une chapelle latérale a été ajoutée du côté Sud doté d’une fenêtre meurtrière réutilisée dont l’archivolte échancrée git sur le sol. Ces modifications ont sans doute été apportées au 17e siècle si l’on se réfère au rapport de la visite de Mgr Spinola qui relève un état satisfaisant.
Cette chapelle est particulièrement intéressante car elle apparait dans le cartulaire de l’abbaye de San Venerio del Tino à qui elle a été donnée à la fin du 11e siècle par le seigneur Ugo de Pino, donation confirmée par Guido, évêque de Savona, le 10 janvier 1182. Ces documents mentionnent également la chapelle Sant’Ambroggio di Spano. Cette dernière a disparu mais ses pierres ont été remployées dans une petite construction non loin de la mer, abri pour les pêcheurs suivant les uns, pailler pour les autres. Avant le crépissage des murs, on pouvait encore distinguer quelques blocs à la taille caractéristique de l’époque romane.
Les deux donations furent contestées par l’évêque d’Aleria en 1231 mais le pape Grégoire IX confirme leur appartenance à l’abbaye de San Venerio. Quelques années plus tard, Nigello da San Gavino est nommé comme prêtre pour les deux églises. Les tensions ne se sont sans doute pas apaisées avec l’évêque d’Aleria, Attalino, car l’abbé Andrea de San Venerio vient faire une visite sur place. En 1386, San Nicolao est toujours mentionnées dans la liste des propriétés de l’abbaye et en 1400, elle est reconnue comme église paroissiale. Un demi-siècle plus tard, les offices y sont célébrés trois fois dans le mois en plus du jour tutélaire mais des réparations semblent nécessaires.
Mgr Mascardi lors de sa visite épiscopale fait état de l’église Santissima Annunziata d’Oci devenue église paroissiale du nouveau village construit en hauteur et de celle de San Nicolao considérée comme ruinée.
San Nicolao apparait pour la dernière fois dans les textes en 1686 sous la plume de Mgr Spinola faisant mention d’une remise en état.
A la lumière de ces quelques textes (éléments assez rares), on pourrait tenter d’évoquer les différentes étapes de la vie de la chapelle : fondée au 10e siècle peut-être comme petit monastère, elle est reconstruite au 11e siècle avec un remploi partiel des anciens éléments (pierres mises dans le noyau des murs, arcature placée dans le mur occidental). Elle devient église paroissiale ce que ne l’empêche pas de se dégrader progressivement au point de devoir au 16e siècle connaitre une réfection, ajout d’une chapelle latérale et peut-être des piliers intérieurs. A ce moment les matériaux encadrant la petite fenêtre de mur Nord sont réutilisés dans la chapelle latérale.
San Nicolao sera par la suite définitivement abandonné au profit de la Santissima Annunziata d’Occi située au cœur du nouveau village.
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