Novella: Novella : Cosmo e Damiano

L’origine de l’ancien village de Cruschini  remonte aux environs de la fin du 9e– début du 10e siècle et son abandon fut constaté par Mgr Marliani en 1646. Les vestiges de son église, consacrée à San Cosmo e San Damiano, ont été dégagés dernièrement.

Situation géographiqueImprimer

Village:
Novella
Chapelle:
Cosmo e Damiano
Pieve:
Ostricone
Diocèse:
Mariana

Coordonnées Google Earth:
42°35'38.47"N 009°05'11.40"E
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Coordonées GPS:
42°35.641'N 009°05.190'E 
Altitude:
314 m

Carte IGN:
L’Île Rousse 4249 OT, au nord-ouest de Novella, à l’est du tunnel de Cruschini en contrebas des ruines du village, non marqué 

Accessibilité:
De la route allant de Pietra Moneta à Novella, prendre une longue piste 

Modalités de visite:
propriété privée

Datation:
fin 10e début 11e siècle

Dimensions:
6;80 m x 4,20 m

Classement monument historique:
23/11/2020:
12/05/2018

Historique et description

Caché de Novella par un repli de la chaîne montagneuse, le lieu-dit Cruschini abrite un village déserté aujourd’hui et traversé par la voie ferrée reliant Calvi à Ponte Leccia. Lors de la construction du tunnel au 19e siècle,  la légende d’un trésor enfoui dans un sac a incité les ouvriers à remuer sol et bâtiments, accentuant encore la dégradation des maisons et surtout de son église.
Le village se dressait entre 300 et 400 m d’altitude en contrebas du col de San Colombano, occupant une position centrale dans l’Ostriconi entre Palasca et Novella. Le lieu est paisible et agréable : les terres sont propices à la culture et à l’élevage, l’eau y coulant en abondance.

Les maisons dispersées sur le versant sont dominées par une bâtisse fortifiée et une tour contrôlant l’ensemble des terres. L’église, située 200 m plus bas, est dédiée aux saints Côme et Damien. Aujourd’hui réduite à l’état de ruines, elle existait toujours au 17e siècle selon les différents rapports.  Lors de sa visite du 8 juin 1576, Le vicaire général Pompeo Rocchi, mandaté par l’évêque de Mariana et Accia Battista Centurione, demande au prêtre Garello de tenir un registre où seront notés tous les mariages avec indication des noms et prénoms, de faire réparer le calice, de le doter d’un purificatoire (linge servant à essuyer le calice après la communion) et recommande aux femmes de ne plus continuer le rite des pleureuses et aux hommes de ne pas porter des armes dans l’église.  Celle-ci est encore mentionnée en 1616 par Mgr Curlo  qui la visita et le tableau qu’il en donne n’est guère réjouissant : « l’autel est extrêmement indécent, le confessionnal n’est pas à la norme requise ; la cuve où l’on baptise est extrêmement ignoble. Le toit prend la pluie, aussi l’église est-elle pleine d’eau ».
Trente ans plus tard, Mgr Marliani constate que l’église est abandonnée mais bien couverte et entretenue car la population, bien que partie à Palasca et Novella, y revient régulièrement. Le village fut en effet déserté en 1643 et seul le curé resta encore quelques années après le départ des derniers habitants. On ne connaît pas la cause de cet abandon. La légende parle d’une invasion de fourmis rouges mais rien ne permet de retenir cette hypothèse. La tradition orale rapporte que les barbaresques étaient coiffés d’un couvre-chef avec une crête rouge. Il pourrait donc s’agir d’une transposition : la cause de l’abandon ne serait pas les fourmis mais les raids incessants, ce qui pourrait expliquer l’abandon progressif et les mouvements de populations vers les villages de Palasca, Novella et même de Costa.

Les ruines de la chapelle entourée d’oliviers dépassent à peine la déclivité du terrain. Son emplacement est surtout signalé par les pierres entassées à l’extérieur de l’édifice lors du dégagement. La nef unique, orientée vers l’Est, n’est conservée que sur une, deux ou rarement trois assises composées de blocs de granit gris bien équarris et de taille moyenne. Quelques blocs plus importants subsistent aux angles. La nef unique, de 6,80 m sur 4,20 m, se termine par une abside semi-circulaire dont l’arc triomphal devait reposer sur deux grandes pierres dressées. L’abside elle-même repose sur un soubassement de petites pierres irrégulières soutenant des blocs bien réguliers. La taille de ceux-ci et leur agencement incitent G. Moracchini-Mazel à proposer une datation de la fin du 10e– début du 11e siècle avec peut-être deux périodes de construction suite à une éventuelle destruction. Le sol de la nef se situant en contrebas, trois marches ont été construites en arc de cercle dans le côté occidental présentant la seule porte de l’édifice. Deux banquettes étaient disposées le long des murs nord et sud. L’autel, seul élément liturgique retrouvé, se dressait à l’aplomb de l’abside.

La chapelle était sans doute recouverte de teghie (ou lauzes) car de très nombreux débris jonchent le sol.
Dégagée et consolidée en 2009, la chapelle revit chaque année le 25 juillet pour une célébration en l’honneur des deux saints patrons. Légèrement plus bas, les vestiges d’une petite habitation pourraient être les restes de la maison du desservant.

Bibliographie

Deltour Ph., Levie Cl., Les édifices romans de la Corse, vol. 1, 2020, p. 86-88
Franzini A., Belgodere de Bagnaja L., Les visites pastorales en Balagne entre les XVIe et XVIIIe siècles, 2020, p. 209
Moracchini-Mazel G., Les édifices romans de la Corse, 1967, p. 234
Orabona A-M., Guerrini P., Massiani S., Cruschini, Terra Memoria, 2013, chapelle p. 123 et suivantes