

L’ancienne église romane, sans doute ruinée déjà au 16e siècle, a été transformée en couvent par les Grecs qui s’établirent dans la région. On peut, par endroits, retrouver les vestiges de l’édifice primitif .
Toujours à Paomia, au lieu-dit U Cuventu se dressait une chapelle dont Bessières donne, en 1856, un croquis très précis : il y représente une abside joliment décorée d’une corniche formée de neuf arcatures reposant sur des modillons moulurés. Les tympans des arcs étaient décorés d’animaux et de motifs végétaux. Certains de ces motifs et le dessin de l’abside sont repris par Gaubert mais il les place à San Giovanni.
Prosper Mérimée en donne une brève description : « l’abside est entourée d’une arcature dont les tympans sont alternativement en granit gris et en grès rouge. Au-dessous règne un bandeau, large de 0 m 40 qui tranche sur le granit dont se compose le reste du parement. Sous les tympans de l’arcature on voit quelques bas-reliefs frustes et très grossiers, où l’on distingue des animaux et des ornements bizarres dans le goût de ceux de Carbini. Je crois d’ailleurs que les deux églises sont à peu près contemporaines. »
Un des ces blocs sculptés nous a été montré : il s’agit sans aucun doute d’un des tympans sculptés de l’abside. Trouvé dans les éboulis autour du couvent, il présente un aminal fantastique faisant penser à un monstre marin. Un motif en cordelière borde l’arrondi du tympan. Cet élément ressemble à celui dessiné par Bessières (celui du centre).
Geneviève Moracchini-Mazel signale qu’elle en a vu deux autres dans les parties supérieures des bâtiments mais sans pouvoir les décrire. Ces sculptures permettent de dater l’ancienne église d’environ 1125-1140, époque confirmée par la taille des blocs que l’on retrouve dans les murs nord et sud de la bâtisse actuelle. Ces blocs de granit rose, jaune et gris sont parfaitement taillés et sont disposés en assises plus au moins horizontales. Si à certains endroits, il s’agit d’une reconstruction, à d’autres il pourrait s’agir des murs d’origine. C’est le cas du côté oriental où on distingue nettement une différence très nette dans l’appareillage, différence qui apparait dans les murs latéraux au même endroit.
Dans le mur nord, celui qui semble le moins perturbé, deux fenêtres étroites sont surmontées d’une archivolte échancrée dont l’une des deux est soulignée par un triple trait. Une troisième archivolte, est visible près de la façade de la maison. Elle est aussi échancrée et pourrait avoir été placée au-dessus de la fenêtre absidiale car elle est plus étroite. Elle porte une date difficilement lisible : 1777 sans doute. La portion du mur nord qui semble d’époque,atteint une longueur d’environ 9 m et la largeur du bâtiment est d’environ 7,50 m (mesures extérieures).
L’ancienne église romane, sans doute à l’abandon au 16e siècle, a servi de sanctuaire aux religieux grecs qui y ont établi un couvent sous la règle de saint Basile. L’appellation du lieu-dit en a gardé le souvenir.
Comme pour beaucoup d’autres sites, U Cuventu se trouve non loin de vestiges préhistoriques : un dolmen imposant et trois autres malheureusement fort dégradés sont situés sur un rebord de plateau à environ 200 m du Cuventu.
Bessières, Manuscrit, 1856, Bibliothèque de Bastia
Costa L.-J., Monuments préhistoriques de Corse, 2009, p. 131
Deltour Ph., Levie Cl., Les édifices romans de la Corse, vol. 1, 2020, p. 126-128
Leandri F., Les mégalithes de Corse, 2000, p. 14
Mérimée P., Notes d’un voyage en Corse, 1840, p. 137
Moracchini-Mazel G., Les églises romanes de Corse, 1967, p. 122, p. 272