Aregno: Aregno : Trinita e San Giovanni Battista

Avec San Michele de Murato, cette chapelle, datée de la seconde moitié du 12e siècle, est un des plus beaux exemples pisans de Corse. Elle présente un décor sculpté sur l’ensemble de ses côtés extérieurs avec des motifs aussi variés qu’étranges.

Situation géographiqueImprimer

Village:
Aregno
Chapelle:
Trinita e San Giovanni Battista
Pieve:
Aregno
Diocèse:
Aleria

Coordonnées Google Earth:
42°34'56.53"N 8°53'51.47"E
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Coordonées GPS:
42°34.933' 008°53.828'
Altitude:
277 m

Carte IGN:
Calvi 4149 OT Aregno point marqué Eglise de la Trinité

Accessibilité:
en voiture ; dans une boucle de la D151 et dans le cimetière

Modalités de visite:
ouverte en saison ; se renseigner à  la mairie

Datation:
seconde moitié du 12e siècle

Dimensions:
16,60 m x 6,30 m

Classement monument historique:
1883
23/11/2020:
26/09/2024

Historique et description

Située un peu à l’écart du village dans le cimetière, la chapelle Trinita e San Giovanni est un must de la Balagne et répond à un plan conforme à celui des chapelles pisanes : nef unique, ici de 16,60 m x 6,30 m, avec une abside semi-circulaire orientée à l’est, au toit de teghie.
Les angles sont renforcés et les murs latéraux présentent des pilastres peu saillants.


C’est surtout son décor qui la caractérise : polychromie des blocs de couleurs différentes ainsi qu’ éléments sculptés qui scandent les murs extérieurs, surtout sur la façade occidentale.
En façade, le regard est attiré par trois sculptures de granit noir en haut relief. Au sommet, un curieux personnage se tient le pied comme s’il souhaitait en enlever une épine. Plus bas, de part et d’autre de la porte, un homme nu tenant un rouleau et une femme vêtue d’une longue robe. Ces sculptures s’inscrivent dans un décor divisant la façade en trois grandes zones. Au sommet, une cordelière et un jeu d’arcatures aveugles sur modillons décorés soulignent les rampants du toit.
Parmi les motifs : masques humains, tête d’ours, crochets à deux pointes. Au centre, s’ouvre une fenêtre à deux baies séparées par une colonnette et surmontée d’un arc mouluré au tympan décoré de serpents entrelacés.


L’étage intermédiaire se compose d’un oculus, lui aussi orné, au-dessus de quatre arcatures travaillées de façon différente : cordelière, fleurs stylisées dans des cercles, denticules. A la base des arcatures, cinq reliefs dont une tête de bovidé aux petits yeux ronds. Vers lui convergent deux quadrupèdes (un mâle d’un côté, une femelle de l’autre) et, aux extrémités, un taureau bondissant et un fauve dévorant une proie. Quatre cupules taillées devaient recevoir des bols polychromes.


Enfin, la partie basse est occupée par la porte surmontée d’un linteau reconstitué supportant un arc en plein cintre formé de claveaux noirs et blancs. La restauration du 19e siècle a ajouté un tympan alors que, chose rare, il n’y en avait pas. De part et d’autre de l’arc, les deux statuettes déjà mentionnées.


Le jeu de moulure (dont une en torsade) et d’arcatures sur modillons se retrouve sur le reste de l’édifice. Parmi les motifs : masque humain, tête de bovidé, oiseau, sirène à double queue, tête de bélier, losanges labyrinthe croix dans un cercle, couronne tressée, cordelière, damier… (sud) ou encore fleurs stylisées, quadrupèdes, lièvre, bélier, tête humaine,… (nord). Les deux fenêtres en meurtrière sont surmontées d’une archivolte sculptée : deux paons affrontés et une croix près d’un pommier chargé de fruits (refaits au 19e siècle). Les portes latérales, dans un panneau en légère avancée, sont surmontées d’un arc de claveaux noirs et blancs (sud) ou monochrome (nord ; linteau en bâtière). Près de la porte sud, le soubassement de l’ancien campanile encore en place au 19e siècle.


L’abside, avec sa fenêtre centrale, offre le même programme décoratif que les murs latéraux. Le décor des modillons est pourtant plus simple et parait antérieur. L’édifice est construit sur un soubassement dont l’importance varie avec la déclivité du terrain.


A l’intérieur, l’arc triomphal fortement brisé, résultat d’une restauration tardive, donne sur l’abside surélevée.
Le chancel est ici bien conservé : il sépare les fidèles de l’autel baroque.
Les fenêtres sont surmontées d’archivoltes sculptées dont les motifs sont repris en vis-à-vis : deux paons s’abreuvant à une coupe et un motif composé d’une torsade, une main et une crosse.
Les consoles soutenant la charpente sont également ornées mais de motifs plus simples.
Deux panneaux peints du 15e siècle décorent le mur nord. Sur le premier,  Saint Michel terrasse un dragon ailé. D’une main, il tient son épée, de l’autre la balance du dernier jugement : sur les plateaux deux corps minuscules. Une inscription, malheureusement en partie effacée, porte de la date de 1448 (CCCCXXXXVIII). Sur le second panneau figurent les quatre Docteurs de l’Eglise : Saint Augustin (mitre d’évêque et manteau carmin), Saint Grégoire (tiare décorée de fleurs), Saint Jérôme (chapeau plat) et Saint Ambroise (mitre et manteau vert). Fait très rare, l’inscription fait mention du donateur et de la date : 17 mai 1458.
De nombreuses similitudes avec celle de Sermano font penser à un même atelier.

Mgr Mascardi signale, en 1589, que l’église avait trois autels dédiés l’un à San Giovanni Battista, l’autre à Santa Maria mais il ne cite pas le troisième vocable, sans doute consacré à la Trinité. Il mentionne également la présence d’un baptistère (mais sans en préciser l’emplacement) et d’un clocher avec une seule cloche et une autre suspendue à un arbre se trouvant dans le cimetière. Mgr Curlo lors de sa visite en 1616 remarque de nombreux manquements dans les dispositions et ornements liturgiques et conclut par ces mots : « La susdite église d’Aregno est complètement abandonnée et manque de presque tous les ornements requis » et de pointer le responsable : « c’est pourquoi on dénonce l’inertie et la négligence du susdit piévan ». La situation semble avoir été rétablie car Mgr Spinola (1686) ne mentionne aucun manquement grave. Un siècle plus tard, cette église que nous considérons comme un des joyaux de l’art roman corse, est dans un état tel qu’il est question d’en interdire l’accès. On peut en effet lire dans le rapport de 1760 le passage suivant : « Cette église piévane et assurément la plus misérable de toutes celles du diocèse d’Aleria….Comme l’illustrissime et révérendissime seigneur avait vu cette église, dont les parois ne sont ni blanchies ni enduites de chaux, le toit fendu, le pavement en ruines de toutes parts, les autels sans ornements, les fenêtres et les portes cassées, il jugea qu’il fallait absolument la soumettre à l’interdit, mais au regard des difficultés du temps, …il a exhorté avec force le peuple à au moins transférer le Très Saint Sacrement dans l’oratoire ou casazza jusqu’à la restauration de l’église »

Plus récemment, la restauration, terminée en 2013 a rendu à l’édifice tout son éclat. Celle-ci, risquant de mettre en péril des vestiges archéologiques, a été précédée d’un diagnostic effectué par l’Inrap. Cinq sondages ont été pratiqués : trois à l’extérieur de l’édifice et deux à l’intérieur. Ces derniers ont révélé la présence de trois fosses collectives (ou arca) venant s’ajouter aux deux fosses déjà connues. Les trois sondages extérieurs ouverts contre les murs de la nef et le chevet ont permis de mettre en lumière l’existence de nombreuses tombes isolées qui s’empilent et se recoupent. Leur situation tend à les admettre comme les primo-sépultures et conduit à associer l’église et le cimetière dès la fondation de l’édifice. Il semblerait que les inhumations les plus anciennes soient médiévales.

Bibliographie

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Internet


https://pop.gouv.fr/notice/merimee/PA00099155
elizabethpardon.hautetfort.com
Jalladeauj.fr
Verges.jeanmarie.free.fr (Ma Corse)