

Le tympan de la collégiale de Speluncato, daté du 12e siècle, provient en fait de l’église San Stefano de Giustiniani, village abandonné se situant vers la plaine. De l’église, il ne reste que quelques pierres réutilisées dans un pailler et une aire à blé qui pourrait peut-être recouvrir l’ancienne édifice
La collégiale San Michele est dotée d’un curieux tympan visible au-dessus de la porte centrale. Ce tympan fut placé là après avoir séjourné longtemps dans la crypte de la collégiale. Il présente un décor tout à fait original : deux animaux fantastiques y sont représentés. En haut, un oiseau avec une grande aigrette semble vouloir éviter l’attaque, toutes ailes déployées, d’un animal au puissant bec d’aigle à la queue dressée comme un fouet : combat entre deux animaux tout droit sortis du bestiaire médiéval. Ce tympan a malheureusement été restauré avec vigueur ce qui en a altéré le relief.
Ce thème se rapproche de celui évoqué sur deux bas-reliefs d’Aleria. Le premier est reproduit par Mérimée : un quadrupède ailé, la queue dressée, a saisi dans son bec la queue d’une bête à deux pattes et dotée de dents acérées. Le second est inclus dans le mur sud de l’église San Marcello : deux animaux opposés ou jumeaux. Ce sont les seuls exemples connus de ce type de représentation.
Le tympan datant sans doute du 12e siècle ornait à l’origine la chapelle San Stefano située dans l’ancien village de Giustiniani, en contrebas de l’actuel Speloncato. Il était intégré dans les murs d’un pailler construit d’ailleurs avec des blocs provenant aussi de la chapelle, de beaux blocs bien taillés et de couleur différente. À quelques mètres du pailler, on distingue des pierres formant un rond de 9,60 m de diamètre. Ce rond est bordé par un mur formé de pierres formant parement avec blocage intérieur. Ce mur, d’environ 0,50 m d’épaisseur, est interrompu par deux portes, selon un axe nord-est – sud-ouest. L’intérieur du rond présente un dallage régulier et bien plan. Parmi les pierres jonchant le sol, un bloc est orné d’un quadruple trait gravé. Un mur se profile à quelques mètres au Sud.
Ces vestiges sont difficiles à interpréter : est-ce une aire à blé construite avec les pierres de l’église San Stefano ? Mais alors pourquoi un mur bien construits et deux portes ? On constate que les aires à blé sont généralement entourées d’une rangée de pierres dressées, ce qui n’est pas le cas ici. Ou est-ce alors un ancien édifice à plan centré ? Un dégagement ou une fouille pourrait certainement apporter des éléments complémentaires permettant de mieux comprendre ce site.
Il n’existe qu’un seul exemple connu à ce jour d’édifice circulaire en Corse, San Leonardo à Corte. Ce dernier, situé dans la vallée du Tavignano, a conservé des murs délimitant un espace de 7 m de diamètre, deux portes (l’une à l’Est, l’autre à l’Ouest) et un sol recouvert de dalles. Deux autres édifices présentent un plan inhabituel car octogonal : les baptistères dédiés à San Leonardo, l’un à Pie d’Orezza mesure intérieure d’environ 9,50 m), l’autre à Perelli d’Alesani.
Le lieu-dit, dont il serait intéressant de connaître l’origine, a livré des témoignages d’une longue occupation : des vestiges de l’âge du bronze, puis d’anciens bains romains au lieu-dit Caldanica enfin une tour datée du Xe siècle et utilisée encore au XIVe siècle. Son nom, Justiniano apparaît dans des actes de donation notamment en 1101, ce qui prouve qu’il était bien occupé à cette époque [5].
Parmi les maisons du village abandonné, l’une d’elles au lieu-dit campana présente un linteau orné de plusieurs croix, est-ce une petite monachia ? On peut le supposer en considérant les croix gravées et le nom du lieu-dit campana (cloche) car à l’époque, seuls les moines avaient le droit de fabriquer les cloches.
Carte archéologique de la Gaule, Corse, 2013, p. 270
Deltour Ph., Levie Cl., Les édifices romans de la Corse, vol. 1, 2020, p110-112
Merimée P;, Notes d’un voyage en Corse, 1840, p. 177
Moracchini-Mazel G., Les édifices romans de la Corse, 1967, p. 105; 236
Pistarino G., Le carte del monastero di San Venerio del Tino, 1944, p. 6, 15, 64
Internet
www.Elizabethpardon.hautetfort.com/griffon
(Speloncato :à supprimer) San Stefano : tympan englobé dans un pailler (Fonds GMM©Fagec)
San Stefano : pailler construit avec les pierres de San Stefano
Site de San Stefano : mur et trace de la porte
San Stefano : vestiges d’une construction ronde