

Il reste surtout de la chapelle San Gavino un imposant mur bordant la nef au sud. Le type d’appareillage suggère une datation de la première moitié du 10e siècle.
C’est dans un paysage abrupt que le ruisseau San Gavino se fraye un passage vers le Golo. Il doit son nom à une chapelle qui se dressait sur un replat le dominant. Un énorme figuier qui a poussé tout près de l’abside sert de repère car ronces et arbousiers ont complètement envahi cet édifice dont un mur émerge resistant aux assauts du temps.
Rapidement décrit par G. Moracchini-Mazel dans sa thèse de 1967, l’édifice connut un dégagement et une étude en octobre 2002 qui ont permis de mieux en dévoiler les détails. Les travaux menés par les jeunes de l’association Rempart et encadré par la FAGEC ont durant deux semaines, dégagés la nef et la base des murs.
L’édifice présente une nef unique de 9,60 m de long pour une largeur de 4,40 m à laquelle on accédait par une porte ménagée dans la façade occidentale. Les murs, d’une épaisseur de 0,70 m, sont construits de petites pierres de schiste gris soigneusement taillés et disposés en lits horizontaux. Si, en général, ils ne sont conservés que sur un ou deux mètres de haut, le côté sud se dresse encore partiellement sur la quasi-totalité de sa hauteur et ne présente aucune ouverture, ni porte, ni fenêtre. On peut remarquer que l’angle sud-ouest du mur repose sur un soubassement fait d’une grande pierre parfaitement taillée. Dans l’appareillage apparaissent, surtout aux angles, des dalles plus imposantes. L’abside, orientée vers l’est, se dessine au sol avec plusieurs rangées de pierres superposées, les unes servant de fondation pour compenser la faible déclivité du terrain, les autres étant l’arase de l’abside elle-même. Cette abside était voûtée en cul de four comme le suggèrent les blocs écroulés.
Le terrain étant en pente vers le sud-est, le mur de ce côté repose que plusieurs assises de pierres dont le nombre est adapté à la déclivité pour garantir l’horizontalité.
L’unique porte se situe dans la façade. Si les piédroits en ont disparu, le seuil est toujours en place. Il porte les traces d’ouverture des deux battants.
Au centre du chœur se dresse l’autel et devant lui une imposante dalle rectangulaire
En observant l’appareillage, une comparaison vient immédiatament à l’esprit : il est tout à fait similaire à celui de l’abbadia San Stefano de Venaco ainsi qu’à celui de la chapelle San Gavino, toutes les deux à Corte.
Ce type d’appareillage appartient à une époque antérieure à la grande construction pisane et serait donc à dater, selon G. Moracchini-Mazel de la première moitié du 10e siècle. Ces données et les photos issues du fonds de la FAGEC sont inédites car l’archéologue prévoyait de les publier dans un Cahier Corsica qui aurait été consacré aux trois édifices dédiés à san Gavino se localisant respectivement à Corte, Belgodère et Vignale, tous trois de la même époque.
Deltour Ph., Levie Cl., Les édifices romans de la Corse, vol. 1, 2020, p. 287-289
Moracchini-Mazel G., Les églises romanes de Corse, 1967, p. 220
Moracchini-Mazel G. Corsica Sacra, 2004, p. 138