Par sa situation au milieu de la Méditerranée, la Corse conaîtra une histoire mouvementée ; elle sera continuellement enrichie et pillée à travers les âges.

Préhistoire : de – 9.000 aux Romains


Si les premières traces d’occupation humaine remonteraient vers 9.000, le plus vieux squelette retrouvé en Corse (dans l’ Alta Rocca), la « dame de Bonifacio », aurait vécu vers 7 000 av. J.C.
La grande époque préhistorique commence à la fin du néolithique (entre 5000 et 1500 av. J.C.). La Corse se couvre de dolmens et de menhirs, dont certains présentent des visages humains (comme à Filitosa). On en compte plus de 500, ce qui est un nombre exceptionnel.
A la civilisation des « mégalithes » (grandes pierres) succède l’ âge du bronze et la civilisation des « Torréens » qui se distinguent par la construction de murailles et de fortification en gros blocs de granit. Cucuruzzu est en un bel exemple.
Ces fortifications devaient protéger les habitants de l’île des invasions et ces invasions furent incessantes durant plusieurs siècles : Ibères, Libyens, Ligures, Phocéens (qui fondèren à Alalia, la future Aleria), Etrusques et même Phéniciens vont utiliser la Corse pour ses ressources ou comme base pour conquérir d’autres territoires.

Les Romains et la pax romana


L’arrivée des Romains, en 259 av. J.C., va mettre fin progressivement aux incursions. La ville d’Aleria devient la capitale de la province romaine corse ; des ports sont créés et des établissements construits sur l’ensemble de l’Ile. Les traces sont peu nombreuses mais grâce aux fouilles archéologiques, elles sont visibles à Aleria ou à Mariana.
Durant cette période particulièrement prospère de la pax romana, la Corse est presque au centre de la mare nostrum. Comptant alors près de 100 000 habitants, elle accueille la culture romaine et, à travers elle, le christianisme.
Dioclétien, dans sa lutte contre cette nouvelle religion, va aussi frapper en Corse. Les martyres de Sainte Devote et de Sainte Restitute en sont la preuve. Mais ces persécutions n’empêcheront pas la création des premières communautés chrétiennes et la construction de lieux de culte, très souvent bâtis sur d’anciens sites préhistoriques ou romains qu’il faut « christianiser », comme à Santa Maria de Rescamone , San Giovanni Battista de Corte ou encore à Pianottolli-Ficaria.
Ce fut la première vague de construction d’édifices chrétiens qui couvrirent progressivement les parties les plus peuplées.

Le haut moyen-âge et les incursions


L’effondrement de l’empire romain d’Occident, au 5e siècle, met fin à la période de calme. Voilà la Corse de nouveau convoitée, envahie, dévastée. Les Vandales détruisent Aleria, les Lombards s’installent en 640-660 chassant les Byzantins. Pour stopper l’extension des Lombards, Pépin le Bref, qui avait promis au Pape l’attribution de la Corse en 754, envoya des troupes mais en vain.
Ce seront les Sarrasins qui en 774 viendront à bout des Lombards. Mais la Corse tombe de Charybde en Scylla car les Sarrasins effectuèrent des razzias dans l’Ile jusqu’au 10e siècle. Cette menace perpétuelle força les insulaires à se replier dans les montagnes.
Durant cette période, l’évangélisation se poursuivra grâce aux religieux bénédictins des îles toscanes encouragés par le pape Grégoire le Grand (fin 6e siècle).
La légende raconte qu’Ugo Colonna, envoyé par le Pape avec une armée de fantassins, aurait chassé les Maures au 9e siècle. Il faudra pourtant attendre 1014 pour voir les Maures définitivement écrasés grâce à la coalition de Pise et de Gênes.
Durant cette longue période de troubles, les chapelles vont souffrir. si l’on prend exemple sur les données livrées par les fouilles à Mariana, on constate que :
° la première construction du 4e siècle est saccagée un siècle plus tard,
° L’édifice réparé est à nouveau détruit dans le courant du 6e siècle,
° une nouvelle razzia au 7e siècle vient anéantir l’édifice restauré,
° les réparations se font avec des moyens de plus en plus pauvres au 9e siècle,
° après d’ultimes réparations au 10e siècle, le site sera abandonné au 11e siècle,
° il faudra attendre le 12e siècle pour voir la construction d’une nouvelle cathédrale.
Ces données semblent applicables à l’ensemble de l’île.
Cela veut dire que la grande majorité des édifices vont connaître des reconstructions successives.
Les premières chapelles sont de dimensions modestes, sans décor et édifiées avec des pierres éclatées et non pas taillées. San Cervone à Lavatoggio, Maria Assunta à Pie-d’Orezza encore San Giovanni à Santa Maria di Lota en sont quelques exemples.
Dans le courant du 9e siècle apparaissent les premiers décors : arcs et arcatures sur les chapelles Maria Assunta de Mela di Tallano et de Santa Maria Siché ; ou plus aboutis à San Giovanni de Corte, Santa Maria de Rescamone à Valle di Rostino ou encore San Quilico d’Olcani.
L’appareillage des murs est fait de blocs taillés (Maria Assunta de Quenza, Santa Mariona à Corte) et les linteaux s’ornent de motifs (San Pietro de Piazzole).

Pise et la pax pisana


Après la victoire sur les Maures de 1014, Pise et Gênes vont se disputer la Corse. Mais le Pape Grégoire VII rappelle aux belligérants que la gestion de la Corse appartient à la Sainte Eglise romaine depuis la donation faite par Pépin le Bref.
Le Pape décide, en 1077, de confier la gestion de l’Ile à l’évêque de Pise en lui donnant des instructions d’aider les Corses à se défendre. Cette décision n’empêche pas les Génois de s’installer en Corse. Et pour preuve : le pape Innocent III, en 1133, partage la Corse en 6 évêchés, trois pour Pise (Ajaccio, Aleria et Sagone), trois pour Gênes (Mariana, Nebbio et Accia). Pas de jaloux !
Avec Pise, commence une période de grande prospérité, la pax pisana. Pour asseoir sa main mise, Pise va, en effet, se lancer dans une grande politique de construction et d’organisation en renforçant la notion de pieve qui devient le centre de circonscription à la fois religieuse et administrative.
De nombreuses églises, centre de ces pieve, sont bâties dans le style pisan et d’autres, ayant souffert ou non des incursions mauresques, sont reconstruites au goût du jour. Ce fut la deuxième grande période d’édification d’églises et chapelles romanes en Corse.
Dès la première moitié du 11e siècle, on voit surgir des chapelles aux murs appareillés de beaux blocs soigneusement alignés avec ou sans décor comme San Partéo de Mariana, Santa Marie Assunta de Casalta, San Michele de Sisco.
De la seconde moitié de ce siècle datent Santa Reparata (Santa Reparata di Balagna), SS Pietro e Paolo de Lumio. Ces deux exemples annoncent une recherche au niveau de la polychromie et du décor en creux.
L’explosion stylistique pisane se manifestera aux 12e et 13e siècles, dont les chefs d’œuvre sont certainement San Michele de Murato pour la polychromie et Santa Maria de Santa Maria Figaniella pour le décor sculpté.
De nouvelles cathédrales, comme celles du Nebbio ou de Mariana (avec un complexe épiscopal) sont inaugurées. Les églises piévanes sont renforcées et dotées de baptistère parfois imposant comme à Santa Maria de Rescamone.

La domination gênoise.


Cette paix apparente n’empêche pas des conflits permanents entre Pise et Gênes qui finit par prendre le dessus au 13e siècle. Gênes occupera la Corse pendant 5 siècles ou plutôt devra jouer avec les Pisans (qui s’incrustent), les troupes du roi d’Aragon (qui essayent de conquérir l’île mais sont décimés par la peste de 1348), les Turcs (qui détruisent et font des razzias, notamment à Monticello en 1540) et les Français.
Les Génois ne laisseront pas d’empreinte aussi forte que les Pisans. On leur doit pourtant les fameuses tours, dites tours génoises, formant un cordon autour de l’ile. Occupées chacune par 5 à 6 hommes, ces tours servaient d’observatoire afin de signaler l’arrivée de navires suspects. Près de 80 tours, rondes ou carrées, furent ainsi érigées au 16e siècle.

La fin du roman.


On constate qu’entre 1450 et 1520, de nombreuses chapelles romanes se couvrent de fresques. Est-ce sous l’influence des Franciscains, toujours est-il que des artistes anonymes entrainés par Simone di Calvi ou Nicolo Corso couvrent les absides et les arcs triomphaux de nombreuses chapelles de scènes menant vers la méditation.
Ce sont les chapelles dites « à fresques » comme Sta Catarina de Valle di Campoloro, San Toma de Pastureccia ou encore San Michele de Castirla. Ce sera là le dernier essor artistique des chapelles romanes qui vont connaître des sorts assez divers, allant de la destruction à la sauvegarde.
Le style “pisan” a perduré au 15e siècle, notamment à Santa Catarina à Sisco, ce qui a couvert la période du gothique sur le continent. La Corse est donc passée du roman tardif au baroque.

L’ arrivée du baroque.


Mgr Mascardi, lors de sa visite pastorale laisse un inventaire assez précis de la situation vers 1589 et constate qu’un certain nombre d’édifices sont déjà en ruines, mais pas tous, loin s’en faut.
L’époque baroque, toujours sous domination génoise, va apporter un nouvel élan. De nombreuses églises, toutes situées au cœur des villages, sont édifiées et un certain nombre de chapelles romanes vont être mises au goût du jour : les charpentes vont être remplacées par des voûtes à pénétration (ce qui nécessitera le renforcement des murs), des autels vont masquer les absides (SS Cipriono e Cornelo à Corbara), parfois aux détriments des fresques comme à San Quilico de Cambia, des fenêtres sont agrandies ou percées, des campaniles vont être construits.
Si ces transformations altèrent le caractère roman de l’édifice, elles ont largement contribué à les maintenir en bon état.
Certaines chapelles ont traversé les siècles sans trop d’avatars (Santa Marie de Quenza est un exemple unique), d’autres nous parviennent en ruines, les plus malchanceuses ont complètement disparus.

Prosper Mérimée et l’éveil au patrimoine.


L’importance de ce patrimoine roman va étonner Prosper Mérimée qui fit une tournée de deux mois en Corse en 1840 comme inspecteur des Monuments historiques. Précurseur de l’archéologie et de l’histoire de l’art en Corse, il dresse un premier inventaire des richesses préhistoriques et architecturales dans son ouvrage « Notes d’un voyage en Corse ». Les premières restaurations auront lieu suite à sa visite, notamment l’église d’Aregno ou le campanile de Carbini.
On a du mal à s’imaginer à l’heure actuelle le nombre considérable de chapelles romanes. La thèse de Genevière Moracchini-Mazel publiée en 1967 constitue à cet égard un travail remarquable, elle en a relevé environ 400 et pense pouvoir évaluer qu’il en a existé jusqu’ à 1075 en même temps. Mais loin de se limiter à un travail scientifique de répertoire, elle a œuvré toute sa vie pour la sauvegarde de ce patrimoine roman. Afin de stopper la dégradation des édifices, elle a réalisé, avec la FAGEC, des campagnes de consolidation devant, à certains endroits, acheminer les matériaux par hélicoptère !
De nombreuses personnes et associations s’investissent pour leur sauvegarde ou pour leur présentation au public.
Le présent site s’inscrit dans cette perspective de mémoire et de mise en valeur d’un patrimoine exceptionnel.
Où que vous soyez en Corse, il y a toujours une chapelle pas loin.
N’hésitez pas à la ( ou les ) découvrir.